Supputations autour de Chavez

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Pendant que l'hémisphère nord se passionne pour le feuilleton DSK, le monde hispanophone s'intéresse aussi à la telenovela Chavez. Après un long silence sur son état de santé, le président vénézuélien a fini par reconnaître qu'il était soigné pour un cancer. Mais après une communication erratique, les doutes sur son état de santé ne sont pas levés pour autant. Faute d'informations précises, la société en est réduite aux supputations.

Le quotidien espagnol El País est ainsi allé chercher des chirurgiens spécialistes de l'appareil digestif pour leur demander leur diagnostic, fondé sur le peu d'informations qui ont circulé: un abcès pelvien, dû à une tumeur; deux opérations, un président qui est apparu amaigri - et pourtant il était bien caché derrière son pupitre, et vêtu d'un ample jogging -, l'inconnue de la date de son retour - il est très improbable qu'il assiste aux cérémonies du bicentenaire de l'Indépendance, demain 5 juillet.

Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut prendre les communiqués officiels du gouvernement que pour ce qu'ils sont: une vaste opération de 'tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes socialistes possibles'.

Les chirurgiens interrogés par El País considèrent pour leur part que Chavez a été mal traité: lors de l'intervention destinée à vider l'abcès, il aurait fallu retirer ce qui l'avait causé, c'est-à-dire la tumeur, en évitant au patient la fatigue d'une seconde opération. Il semblerait d'ailleurs, d'après El periódico de Catalunya, que la première ait été menée par un médecin cubain, la deuxième par un médecin espagnol, ami de Fidel Castro et son médecin traitant.

L'hypothèse émise par les carabins ibères est celle d'un cancer du côlon, au demeurant la quatrième cause de décès liés aux tumeurs dans la population masculine vénézuélienne. Et quelles sont les chances de survie de Chavez? Si la tumeur ne s'est pas étendue aux ganglions, il a 60% de chances d'être encore en vie dans 5 ans; dans le cas contraire, les probabilités descendent à 50%.

L'état de santé de Chavez aura bien évidemment des implications pour son pays, car le chavisme n'a à ce jour aucun remplaçant potentiel. L'opposition n'a pas non plus de candidat qui sorte du lot, d'ailleurs, l'anti-chavisme n'étant pas un programme.

Mais Cuba est également suspendue à la survie de Chavez. Car le Venezuela socialiste fournit du pétrole en échange de médecins et d'éducateurs sportifs. L'île est sous perfusion, et un changement d'orientation politique chez son partenaire continental ne pourrait être que préjudiciable au bastion castriste.

Correction 04/07, 16h GMT: Chavez est rentré au Vénézuela!