Récit d'un séminaire de recherche pour étudiants colombiens

Tags:

Les étudiants de Sciences Sociales, dès le 3ème semestre d'études, doivent travailler sur le mémoire qu'il rendront un an et demi plus tard. Pour les guider, il y a régulièrement des 'séminaires' - comprendre: tutorats collectifs.

La première séance, à laquelle j'avais assisté, consistait en la présentation des axes de recherche dans lesquels ils peuvent s'inscrire. Chacun énonçait ensuite le projet sur lequel il souhaitait travailler.

Deux mois plus tard, j'y suis retournée pour exposer l'état d'avancement de mes travaux, les difficultés rencontrées, tout ça. Mais d'abord, la parole leur revenait pour exposer brièvement à l'oral un travail de 4 pages qu'ils devaient faire suite à une sortie terrain à Nemocon.

Tout cela est très bon enfant. Horaire théorique: 14h-18h, mais on arrive quand on arrive, et quand plus personne n'a rien à dire, c'est fini. Hier, je suis arrivée avec 2 profs, vers 14h20, et on était presque en avance, d'autant qu'il faisait beau, qu'il y avait manifestation étudiante en ville, et que le match Real-Barça était retransmis dans à peu près tous les bars du quartier.

On tourne un peu les chaises à tablettes pour former un cercle, les étudiants racontent le contenu de l'écrit, les profs commentent et relèvent les points méthodologiques à renforcer pour leur travail personnel par la suite. Ca mobilise quand même 5 ou 6 profs, cette affaire.

Pas tous en même temps cependant, ni tous les étudiants bien sûr, puisque chacun entre et sort quand ça lui prend, voire arrive gentiment au bout d'une heure 50.

Bon, j'ai exposé mon histoire. Une des profs en a profité pour souligner les différences culturelles France-Colombie, s'appuyant sur un échange que nous avions eu auparavant. Il se trouve que dans l'un des parcs sur lesquels je travaille, les gens adorent nourrir les poissons. Ce qui est interdit, mais n'empêche pas le vendeur à côté de vendre de la nourriture pour poissons.

Et donc, ça m'intéressait de savoir quel intérêt ils trouvaient à gaver ces poissons, mais je n'osais pas leur demander, parce qu'il était interdit de les nourrir et que je ne voulais pas avoir l'air de le souligner. Eclat de rire général: une pudeur d'Européen, le Colombien ne va pas se sentir morveux parce qu'on lui mettra le nez dans son caca (techniquement, ça se défend d'ailleurs. Merdeux, à la rigueur, mais en fait, non plus).

Bon, c'est bien, je vais pouvoir demander.

Tout ça nous a menés vers 17h. A l'issue du cours, l'étudiante qui fait de l'artisanat indien qu'elle vend ensuite a rangé ses crochets, récupéré l'argent qu'on lui devait pour les sucreries qu'elle apporte dans un gros bocal, et un autre a consciencieusement entrepris les profs sur le beurre de cacahuète artisanal qu'il fait avec sa famille, et dont 3 profs ont fait l'acquisition.

C'est fascinant l'université en Colombie.