Comment s'adresser correctement à un Colombien

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Au bout de près de 5 semaines de séjour, je commence à maîtriser le sujet. Garder à l'esprit, en toute circonstance, la maxime 'excusez-moi de vous demander pardon', à décliner à l'infini. Dans un pays où on se prend une balle dans la tête pour avoir refusé de déplacer sa voiture, on ne perd rien à être plus que courtois.

Donc, les Colombiens en font des caisses. Quand on est habitué à l'Espagne, le choc culturel est rude. Pour situer la chose à ceux qui ne connaissent pas trop, en Espagne vous ne descendrez jamais d'un bus ou d'un métro en disant autour de vous: pardon, excusez-moi, je descends là. Pour que les gens vous laissent un étroit passage, prenez un ton sec et dites: me dejas bajar, tu me laisses descendre.

Pas ici. Ici, tout commence par si me hace el favor (littéralement: si vous me faites la faveur), perdóneme la pregunta (excusez-moi la question = excusez ma question)...

On s'excuse tout le temps (sauf quand on heurte quelqu'un; apparemment la formule consacrée dans ce cas est: qué pena, quel dommage), et on minimise toujours ce qu'on demande. Là où l'Espagnol dira 'me pones un café' (tu me donnes un café), ici c'est me hace el favor de regalarme un tintico (vous me faites la faveur de m'offrir un petit café). Souvent surgit alors la question:¿oscurito o clarito? un petit noir ou un petit clairet? De même, on vous demandera cien pesitos, para comprar un panecito (100 petits pesos pour acheter un petit pain).

Il est impoli de s'adresser aux gens sans vocatif (vive le latin). Mais là c'est compliqué parce que la classe sociale entre en jeu. Européen et Blanc, on est du dessus du panier, sous réserve que l'on soit suffisamment hautain avec les fils et les filles à papa qui peuplent les universités privées, bien sûr.

Selon la classe sociale, on dira Señor, ou Jefe (à un inférieur qu'on ne veut pas trop marquer comme tel) ou chino (à quelqu'un qu'on veut marquer comme inférieur; perso, je n'ai pas testé, j'avoue. Au passage, à la vitesse où les Chinois achètent l'Amérique Latine, je pense que cette expression vit ses dernières années). A une femme, Señora, logique, ou à une vendeuse par exemple mi vida, mi cielo, amor, si on est un monsieur. De femme à femme, je doute.

Une autre option très entendue: vecino, vecina, voisin, voisine. Exit la représentation sociale, reste la notion de cohabitation, de vivre ensemble. J'aime bien; j'ai adopté.

Un de ces jours, je vous ferai un topo sur une institution locale: l'abrazo à la colombienne.