Le TIAR était toujours vivant

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Avec près d'un mois de retard, je trouve un article très intéressant qui invoque le Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque de 1947 dans le contexte du différend frontalier entre le Costa Rica et le Nicaragua. Lequel passe en conseil de discipline devant le Tribunal de La Haye du 11 au 13 janvier.

Le TIAR, comme le sait tout bon étudiant (= qui donc est allé consulter Wikipedia, mais la page en espagnol, parce que sur celle en français il n'y a tellement rien que c'est à pleurer, ou à compléter si vous avez le temps), est un traité institué par le Pacte de Rio en 1947, en pleine guerre froide donc, et il s'agit d'un accord panaméricain de défense militaire commune.

L'article qui compte, c'est le 3.1, comme le sait cette fois-ci tout bon étudiant de mon cours de civilisation de L2 (= qui donc a écouté), qui dit (le traité, pas l'étudiant) que toute attaque contre un des pays signataires sera considérée comme une attaque contre tous les pays signataires, lesquels iront donc mettre sur la gueule à l'attaquant mais que si ça les arrange soutiendront l'agressé toutes affaires cessantes.

Personnellement, j'aime bien aussi l'article 6, qui précise que toute agression autre qu'une attaque armée, ou toute situation qui mettra en danger la paix en Amérique, déclenchera les mêmes effets qu'une attaque. Ce qui ouvre un peu la porte à toutes les interprétations.

Moi, je croyais que c'était fini, le TIAR, avec le mur de Berlin qui tombe, tout ça. Eh bien, je me fourvoyais gravement. George W. Bush l'a même invoqué après le 11 septembre, c'est dire. Et le Mexique l'a quitté en 2002, le jugeant obsolète, les gens sont vraiment méchants, abandonner comme ça un vieux.

Et voilà que je tombe sur un article d'opinion dans El País du Costa Rica, pas franchement pro-étatsunien, pourtant, qui souligne que l'invasion du Costa Rica par le Nicaragua aurait dû entraîner la mobilisation des pays signataires. Ce qui est rigolo, c'est que comme les deux sont signataires, le Nicaragua devrait logiquement s'attaquer lui-même. L'article ne dit pas cela du tout, mais qu'en gros les pays signataires devraient prendre tout un tas de mesures de rétorsion qui suffiraient à ramener le Nicaragua dans le droit chemin, lui qui traîne plutôt sur sa gauche en ce moment: les articles 8 et 9 prévoient le rappel des ambassadeurs, la rupture des relations diplomatiques, l'isolement économique et la coupure des communications, de façon graduelle, et si avec tout ça ça ne suffit pas, l'usage conjoint de la force armée.

C'est fou tout ce qu'on peut faire. Heureusement que le coup d'Etat au Honduras n'a pas mis en cause la paix en Amérique, tiens. Sinon, le chef des putchistes, Micheletti, aurait pu trembler.

Enfin, la grande info, c'est que le TIAR existe toujours. Et le titre fait référence à un sketch de Robert Lamoureux que je vous recommande vivement: le canard était toujours vivant.