Betancourt toujours: rétropédalage et faute aux médias

Catégorie:

Face au tsunami d'incompréhension et de réactions négatives provoquées par sa demande d'indemnisation, Ingrid Betancourt a donné une longue interview à la chaîne de radio-télévision colombienne Caracol. Bon, depuis New York, parce que quand même.

Le Monde en parle (si si, le Mondial c'est fini, ça libère de la place dans les pages et un stagiaire qui va pouvoir mettre en forme les dépêches AFP et Reuters sur le sujet) et renvoie sur la vidéo exclusive de Caracol, merci Youtube.

Bon je vous la fais courte. A l'attention des étudiants et autres amateurs qui iraient voir la vidéo (si, c'est intéressant), vous noterez:

- l'accent colombien nettement plus marqué du présentateur que de l'interviewée (normal);

- l'utilisation du titre 'Doctora' pour s'adresser à Betancourt. Dans la plupart des pays latinoaméricains, me suis-je laissé dire (et ai-je pu constater dans certains, pour les autres je l'ai lu), on donne toujours son titre universitaire à la personne à qui on s'adresse. Si on ne sait pas quel titre a la personne, dans le doute, on lui donne du Doctor/a: c'est le plus flatteur (Ingeniero n'est pas mal non plus mais plus risqué). Un exemple: la présentation de la présidente argentine Cristina Fernández, sur le site de la Casa Rosada (le palais présidentiel) qui indique 'Dra (pour doctora, vous l'aurez compris) Cristina Fernández'. En Equateur, ils sont plus rigolos: 'Econ.' pour Economista (mais je vous rassure, il a son PhD quand même!!). Je découvre au passage l'expression 'su señora madre' pour 'madame votre mère', y'a pas de raison que j'apprenne rien, moi. Bon ça c'était la séquence interculturelle;

- l'argumentation de Betancourt qui commence par: il y a de la désinformation (elle a évité le 'c'est la faute aux médias' et le point Lefebvre mais pas de beaucoup)

- qu'histoire de se rattraper elle charge un peu la mule, pour ainsi dire: Uribe mérite sa reconnaissance éternelle, ce qu'il a fait l'a fait entrer non seulement dans l'histoire de Colombie mais dans celle de l'Humanité (d'accord, la majuscule est de moi mais avouez que le propos est fort)

- elle ne va pas porter plainte contre l'Etat colombien - mais elle a quand même un groupe d'avocats qui bosse sur le coup. Ce n'est pas une plainte, mais une sollicitude de conciliation; ce qu'elle veut c'est s'asseoir avec le gouvernement pour parler (ce qui nous met la causette à un peu cher, vous en conviendrez avec moi);

- la somme demandée est symbolique, elle ne représente rien 'per se' (elle insiste bien là-dessus), parce qu'il est impossible d'évaluer 6 ans de vie comme otage (certes). Le symbole, à 5.2 millions d'euros, est tout de même doré sur tranche; et Betancourt ne répond pas à la question du journaliste: 'vous n'auriez pas pu atteindre le même objectif en demandant 1.000 pesos?'

Ça n'a pas l'air de passionner les foules: 301 vues de la 1ère partie, 155 de la seconde...