Betancourt: l'ex-otage demande une indemnisation à l'Etat colombien

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Deux ans après sa libération, après avoir été l'otage des FARC pendant 6 ans, Ingrid Betancourt et sa famille réclament une indemnisation à l'Etat colombien pour préjudice moral et matériel. Première étape, à l'amiable.

Sur Semana, le grand hebdomadaire colombien, l'article principal est consacré aux 10 joueurs du Mondial qui peuvent prétendre au Ballon d'Or. Les analyses sur 'l'affaire Betancourt' locale, si elles sont nombreuses, n'occupent pas le premier plan. Les commentaires sont encore plus nombreux et ne font pas honneur à la France, même si nous, on n'a rien demandé.

Au fait. Betancourt réclame 5.5 milliards de pesos colombiens de dommages et intérêts, atteinte psychologique et mentale; et sa famille (sa mère, Yolanda Pulecio, sa soeur, Astrid, et ses enfants, Mélanie et Lorenzo Delloye) 9.609 milliards. Le tout représentant sensiblement 5.2 millions d'euros.

A l'appui de cette demande, l'affirmation suivante: l'Etat colombien ne l'aurait pas mise en garde contre un déplacement dans la zone de San Vicente del Caguán, contrôlée par les FARC, 3 jours après la rupture des négociations avec le président. Plusieurs gradés lui auraient même assuré qu'il ne lui arriverait rien si elle donnait suite à son projet de rendre visite aux populations locales.

Bon, moi je ne suis personne, mais je me souviens bien qu'à l'époque il avait été beaucoup dit et écrit qu'Ingrid Betancourt n'en avait fait qu'à sa tête, ce qui est un peu un trait de caractère de la dame, et qu'elle avait maintenu son déplacement contre les consignes de l'armée. Après, je veux bien que l'information soit manipulée, mais je me souviens aussi qu'on a écrit que Clara Rojas, son aide de camp et directrice de campagne, n'y était pas du tout favorable.

Mais revenons à l'actualité. Selon Jairo Libreros, expert en thèmes de sécurité consulté par Semana, Betancourt pourrait s'appuyer sur deux éléments:

- la non-mise en garde, car l'Etat aurait failli à se obligations de garantir la sécurité publique et la sécurité personnelle d'une de ses citoyennes. Sauf que de l'avis général, tout le monde y compris la candidate présidentielle était au courant des risques, au point que ses concurrents dans la course à la présidence se sont abstenus de visiter la région.

- la non-intervention militaire pour la tirer plus vite des griffes des FARC, mais là encore, l'argument tombe avec les demandes répétées de Yolanda Pulecio et Juan Carlos Lecompte, respectivement mère et époux de l'otage.

De l'avis général, la demande a peu de chances d'aboutir. Mais elle réveille les haines contre un personnage extrêmement controversé en Colombie (lire: Betancourt: du piédestal au bûcher). On la renvoie à sa chère France, où elle aurait passé l'essentiel des deux dernières années; on souligne que si sa demande aboutissait, ce serait le contribuable colombien qui paierait, alors qu'il a déjà payé sa libération (via l'opération militaire Echec au roi - operación Jaque -); d'autres calculent qu'avec le montant demandé on pourrait construire près de 800 logements qui pourraient bénéficier à autant de familles pauvres... Et encore, je vous ai choisi les commentaires.

Effets collatéraux: des Colombiens n'ayant pas voté pour lui se disent très satisfaits de la réponse du président élu, Santos, qui s'est montré indigné de la demande Betancourt. Et Juan Carlos Lecompte, qui s'était fait jeter comme un malpropre à la libération de sa femme (il ne faisait pas partie du clan et ça s'est bien senti), a de plus en plus d'amis.

Et je me demande bien ce qui a pris les Betancourt. Ils ne sont quand même pas si malheureux économiquement?