Honduras: l'année d'après

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Il y a un an, les Honduréniens se réveillaient avec un président en pyjama au Costa Rica. Coup d'Etat pour les uns, processus de succession constitutionnel pour les autres, où en est-on un an plus tard?

Manuel Zelaya, président déchu, est en République Dominicaine. Il peut revenir dans son pays, notez bien, tout est prêt pour l'y accueillir. Le nouveau président, Porfirio Lobo, élu en novembre 2009 et qui a pris ses fonctions en 2010, a proposé d'aller le chercher. La justice est prête à le recevoir, elle aussi, indique aujourd'hui à América Economía le ministre des Affaires Etrangères, Mario Canahuati.

Les partisans de Zelaya... on n'en entend plus parler, ou presque. Entre des médias engagés essentiellement anti-Zelaya et les assassinats répétés de journalistes (7 depuis la prise de fonctions de Porfirio Lobo), l'information est à sens unique. Et elle parle de:

Normalisation de la situation, catégorie 'tout va très bien, Madame la Marquise' (pour nos jeunes lecteurs, le grand classique de Ray Ventura à écouter ici). A en croire Canahuati, le Honduras a rétabli ses relations avec 95% des pays (sur quelle base, pas moyen de le déterminer, alors qu'un certain nombre de ses voisins et interlocuteurs naturels lui font toujours les gros yeux, et que l'UNASUR exige le retour et des garanties pour Zelaya pour reconnaître le nouveau président); l'unité et la réconciliation sont en marche (avec 2 Commissions de la Vérité, les opposants au coup d'Etat ayant des doutes sur celle instaurée par le pouvoir); la justice est donc au taquet (au passage 5 juges critiques envers les événements ont été démis de leurs fonctions par la Cour Suprême), et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, merci Voltaire.

Normalisation donc, puisque le pouvoir est revenu dans les mains de la dizaine de riches familles (et riches est ici un euphémisme) propriétaires terriennes - la première d'entre elle, la famille Canahuati Larach (oh? comme le ministre... ça alors) - qui 'tiennent' le Honduras depuis le XIXè siècle. Ce traître de Zelaya est propriétaire terrien lui aussi, mais, élu à droite (il y a deux partis de droite mais pas un parti de gauche susceptible d'arriver au pouvoir), il a augmenté le salaire minimum de 66% et s'est acoquiné avec Chávez (du point de vue de l'oligarchie). Ce qui, ma foi, méritait amplement un rappel musclé à la règle.

J'espérais achever pour aujourd'hui la lecture de l'ouvrage Le Honduras - Difficile émergence d'une nation, d'un Etat, d'André-Marcel d'Ans, lequel n'est pas énarque mais professeur d'anthropologie et de sociologie politique à Paris VII- Diderot, mais j'en suis toujours à l'indépendance (1824). Vous devrez donc attendre encore un peu avant d'en savoir davantage sur la question.