Il y a quelque chose de pourri dans la république bolivarienne du Venezuela

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Plus de 100.000 tonnes d'aliments importés se décomposent dans les containers du port de l'Etat de Carabobo, Venezuela. Un incident monté en épingle par l'oligarchie bourgeoise, selon Chavez (au passage, on découvre qu'il y a encore une oligarchie bourgeoise dans le pays). Peut-être, mais un regrettable problème logistique tout de même.

Le Venezuela n'est plus en mesure depuis déjà plusieurs années d'assurer sa souveraineté alimentaire. De fait, le pays importe près de 70% des aliments qu'il consomme (en novembre dernier, on en parlait ici), et qu'il achète aux Etats-Unis (eh si!!), au Brésil, à l'Argentine, à l'Uruguay et à l'Equateur. Et un peu à la Colombie aussi, quand les relations sont bonnes. Mais le retour à la souveraineté bolivarienne est prévu pour 2015.

En attendant, Chavez a fait créer par PdVSA (la compagnie pétrolière nationale dont les bénéfices servent à tout, notamment à alimenter à discrétion le budget présidentiel) l'entreprise PDVAL (Productora y Distribuidora Venezolana de Alimentos), chargée donc d'acheter et d'importer de quoi nourrir les habitants. C'était en janvier 2008 et il y avait urgence: la régulation des prix avait, déjà, mené à la quasi disparition d'un certain nombre de produits. En août 2008, le correspondant de BBC Mundo observe que les rayons se remplissent à nouveau... mais que les prix grimpent vertigineusement. Mais revenons à 2010.

Depuis plusieurs semaines, donc, les habitants de Puerto Cabello se plaignent d'odeurs de décomposition. Ce port, nationalisé en 2009 comme tous les autres, est géré par l'Entreprise Bolivarienne des Ports (logique), détenu à 51% par le Venezuela et à 49% par Cuba. Et les produits mettent en moyenne un à trois mois à quitter le port. Ennuyeux quand il s'agit de nourriture et que la réfrigération est interrompue deux heures par jour pour cause d'économie d'énergie.

Pour Chavez, ces 100.000 tonnes de nourriture perdue ne sont pas rien, mais ne représenteraient que 1% de ce que les Vénézuéliens reçoivent grâce à PDVAL. Possible, mais on doit en nourrir, du monde, quand même, avec ça. Dans un vil journal impérialiste (que j'avoue ne pas apprécier non plus pour sa prise de position pendant le coup d'Etat au Honduras), la Tribuna de Honduras, un chroniqueur cite un ex-gouverneur opposant à Chavez, lequel évoque une facture de 2 milliards de dollars pour l'achat de ces produits. Ce même journal indique que des quantités toujours plus grandes d'aliments et de médicaments périmés sont retrouvés enterrées aux quatre coins du pays. Une information à vérifier mais qui rejoint un fait souligné par le journal espagnol El País: le gouvernement de République Dominicaine a retourné ce mois-ci à Chavez 60 containers de nourriture périmée (conserves de thon, lait et pâtes) envoyée comme aide alimentaire pour Haïti. Comme quoi, les méthodes américaines ont fait des émules jusque dans les républiques bolivariennes.