Qui est Edouard Theysset?

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Je viens d'attaquer un bouquin au titre alléchant: L'état de l'Amérique Latine - Bilan géopolitique, économique et social. Mais qui est son auteur, le ci-devant ministre plénipotentiaire honoraire Edouard Theysset?

En général, quand je choisis un livre, je le fais sur le sommaire, parfois sur le nom de l'auteur. Je lirais n'importe quoi de Bartolomé Bennassar, parce que c'est un historien de talent doublé d'un écrivain de génie. Par exemple.

Ce bilan-état de l'Amérique Latine avait l'air bien intéressant, en plus d'être relativement récent (2007). Je commence donc avec enthousiasme et un bloc-notes.

Les premiers problèmes surgissent page 18. Oui, sur 190, ça fait tôt. L'auteur cite 4 ex-présidents colombiens: un seul échappe à l'écorchage de son prénom ou de son nom. Mention spéciale pour le pauvre Andrés Pastrana qui devient Andrès Parana. Ingrid Bétancourt, pourtant de nationalité française aussi, devient Betencourt. Mince alors, en 2007, on en parlait quand même un peu, de la dame. Page 19, le Sendero Luminoso, guérilla maoïste péruvienne, devient Senderoso Luminoso. Et CCCP, c'est Cucurucucu Paloma, aussi?

Je vais donc voir qui est l'auteur. La 4ème de couverture vante un 'ancien élève de l'ENA, docteur ès Lettres, ministre plénipotentiaire honoraire, [qui] a occupé des fonctions qui l'ont amené à sillonner l'Amérique latine.' Certainement, mais sillonner n'est pas labourer, et de toute évidence celui-ci ne parle guère l'espagnol. Heureusement, nous apprennent les remerciements, le fils de l'auteur, Antoine, a brillamment fait ses études aux States où il travaille comme 'managing consultant' (on sent que papounet en est rose de fierté), et a réuni la nombreuse documentation pour le bouquin du ministre plénipotentiaire (même si un ministre plénipotentiaire n'est jamais qu'un ambassadeur du pauvre, on lui donne du Monsieur le Ministre. Je recommande un ouvrage du même titre, chez Fluide Glacial, par Binet. Saignant et bien vu).

Parlons-en, du ministre. Certes, Google n'est pas la Bible, mais même le bottin mondain y apparaît, en général. Là, 619 occurrences pour 'Edouard Theysset'. Essentiellement pour ses deux bouquins, celui de 1999 (L'Amérique latine à l'aube du XXIe siècle) et celui de 2007 dont je vous parle et qui ressemble à une version mise à jour (il doit n'avoir qu'un fils?). On apprend aussi qu'il pige à l'HEI-HEP. Pas moyen par contre de trouver des informations sur sa biographie, à part ce qu'il a obligeamment fourni à son éditeur et qui est repris partout. Ce gars est trop fort en gestion de l'identité numérique.

Je serais pourtant curieuse de savoir comment il est devenu ministre plénipotentiaire et connaître un peu son pedigree, à ce brave homme à qui je viens d'offrir une 620è référence dans Google. (Ah? Ça vient de descendre à 597. Ah? Ça vient de remonter à 619.)

NB. En cherchant sans Edouard, j'ai trouvé un Theysset qui a visité l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunisie le 21 mars 1969 (voir page 665). Ça pourrait le même: il était alors directeur de la coopération technique au ministère français des affaires étrangères.

NB2. En continuant ma lecture j'ai fait des découvertes! Ainsi en Bolivie, le président Gonzalo Sánchez de Lozada a démissionné en 2003 'excédé par les manifestations incessantes'. Pas un mot sur la guerre du gaz et le fait que la répression des manifestations a un peu fait plus de 70 morts. Suggestion de lecture: Bolivie- Guerre du gaz, dans LatinReporters.

La 'composition ethnique [est] dominée par les Quechua, les Mestizo et les Aymares'. Bon, les Quechua et les Aymara, je connaissais; les Mestizo, c'est sans doute une nouvelle ethnie? C'est ballot, s'il parlait espagnol le monsieur, il saurait que ce sont les métis...

Disons qu'il n'est pas au taquet sur la Bolivie et allons voir ailleurs. En Argentine, par exemple. A propos de l'élection présidentielle de 2003, on peut lire: 'Ce fut Carlos Menem qui arriva en tête au premier tour du scrutin avec 24.5% des voix contre 22.2% à Nestor Kirchner, 16.6% à Murphy, 14.1% à Rodriguez Saa, 14% à Carrio... Après avoir longuement hésité, Carlos Menem décida in extremis de retirer sa candidature si bien que Nestor Kirchner fut élu au second tour avec moins d'un quart des suffrages exprimés (22.4%).'

Sauf qu'il n'y a pas eu de second tour, puisqu'il n'y avait plus qu'un candidat. Et que par voie de conséquence, Kirchner a fait le même score au premier tour et... au premier tour. Il a quand même gagné 0.2% des voix, si l'on en croit Theysset!! Accessoirement, pourquoi ce brave Menem, arrivant en tête, s'est-il retiré in extremis? On ne saura pas que c'est parce qu'il allait être battu et le savait, et a préféré se draper dans sa dignité offensée plutôt que d'assumer le jeu démocratique. Suggestion de lecture (et pas besoin d'aller aux States pour la trouver): Kirchner président par forfait, sur le site de RFI.

Bon, bref, je ne ferai pas rentrer ce bouquin dans les bibliothèques de la fac. Dommage, le titre était bon.

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