L'or vert de l'Argentine

Catégorie:

Le soja a contribué à sortir l'Argentine de la crise de 2001. Sans doute par reconnaissance, le pays lui consacre à présent 64% des terres cultivables. Les propriétaires terriens et l'économie du pays s'y retrouvent; les ouvriers agricoles, les habitants et l'environnement, nettement moins.

Il y a près de 40 ans à présent que l'Argentine cultive le soja de façon intensive. En 1996, elle a introduit le soja OGM pour améliorer les rendements et limiter la main d'oeuvre. Pari gagné: la récolte cette année dépassera les 54 millions de tonnes, malgré le manque de pluie et les vagues de chaleur. L'Argentine est le premier exportateur mondial de farine et d'huile de soja, et le troisième exportateur de grains. Elle a consacré à cette culture 20 millions d'hectares, soit 64% de sa surface cultivable, contre 7 millions d'hectares en 2003.

Il faut dire que le soja rapporte, et beaucoup. 80% de la production est exportée, principalement vers la Chine, gros consommateur (mais qui pour des motifs politiques n'achètera pas l'huile de soja argentine cette année, quitte à la remplacer par de l'huile de palme), mais aussi vers les Etats-Unis. l'Inde, l'Egypte, l'Europe.

Cette culture est en train de changer la face de la pampa humide. Les arbres, les maisons isolées, voire les villages tombent sous l'avancée des champs. Petits et gros propriétaires terriens ont en effet plus intérêt à confier leurs hectares à des sociétés d'investissement qu'à les cultiver eux-mêmes. 50 hectares loués pour la culture du soja rapportent près de 18.000€ annuels, à comparer avec le salaire d'un journaliste, d'un professeur d'université ou les émoluments d'un médecin à Buenos Aires: entre 7.000 et 7.500€ par mois. Il faudrait être stupide pour cultiver soi-même, encore plus pour cultiver autre chose que du soja.

C'est pourquoi la question politique de cette fuite en avant ne peut se poser. Tous ceux qui ont la possibilité de louer un lopin de terre s'y retrouvent. 14 des 19 membres du Sénat de la province de Córdoba - le 'berceau' de la culture - vivent du soja. Celle-ci gagne y compris les bords des autoroutes et des maisons.

Et pourtant la destruction des emplois est patente: le soja ne requiert que peu d'ouvriers agricoles, pour les fumigations intensives au glyphosate, et pour la récolte qui dure deux mois. Les pools d'investisseurs grossissent et tendent à s'établir en cartels. Un des plus grands groupements, Los Grobo, de Gustavo Grobocopatel, loue et cultive 250.000 hectares en Argentine, autant au Brésil et au Paraguay.

Le pays tout entier semble converti définitivement au transgénique. Dans la province de Córdoba, tout se paye en soja, même les acquisitions immobilières. Le coût sanitaire de l'usage intensif de pesticides est nié ou minimisé.

Plus sur le sujet: La República de la Soja, El País (España), 04/04/2010, d'après une publicité de 2004 de Syngenta, l'une des plus grosses multinationales d'OGM.