Après Ciudad Juárez, les féminicides gagnent l'Amérique Centrale

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Au Guatemala, au Salvador et au Honduras, les violences faites aux femmes explosent. Une démonstration de force gratuite sur les plus faibles dans un contexte d'État impuissant ou qui se désintéresse de la question. Ciudad Juárez était précurseur, ce n'est plus un cas isolé.

El País (Espagne) interviewe Warda Barrios-Klee, qui travaille pour les droits des femmes au Guatemala. Les chiffres et la situation qu'elle dévoile sont atterrants: la violence sexiste et gratuite explose au Guatemala, au Salvador et au Honduras.

Au-delà des chiffres, le plus frappant est qu'il est question non de violence domestique mais de torture, viol et autres actes de barbarie dans des lieux publics et, semble-t-il, sur des personnes ne connaissant pas leur(s) bourreau(x). A Ciudad Juárez déjà, la victime-type était une jeune femme (la vingtaine), d'extraction modeste, le plus souvent ouvrière dans une maquiladora, ces usines d'assemblages états-uniennes implantées à la frontière côté mexicain. L'état dans lequel on y retrouve les cadavres laissait cours à toutes les hypothèses macabres, dont les snuff movies.

Le Guatemala a été durant plusieurs années celui des trois pays du 'triangle de la violence' à avoir le plus de victimes féminines; le féminicide y est reconnu dans la législation comme crime spécifique depuis 2008. Les chiffres n'ont pas baissé pour autant, au contraire. Mais le Guatemala est désormais le second pays du triangle, car si le Honduras n'a pas connu de guerre civile, contrairement au Salvador et du Guatemala, le coup d'Etat de juin 2009 a entraîné un affaiblissement de l'Etat et une montée en puissance de la violence.

Pour Warda Barrios-Klee, qui fut en 2007 candidate à la vice-présidence de l'Etat, les femmes sont devenues le nouvel 'ennemi intérieur' depuis qu'elles s'émancipent. Une émancipation qui se paye dans le sang.