Génération ni-ni: la chair à canon mexicaine

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Si en Espagne la génération Ni-ni est le thème horripilant d'une émission de téléréalité, au Mexique, elle sert de chair à canon pour les narcotrafiquants. El País publie une tribune sur la question.

Les chiffres sont impressionnants: 64% des personnes tuées en 2008 et 2009 au Mexique dans les guerres de gang avaient entre 16 et 35 ans. Cela représente tout de même 7.000 jeunes, aussitôt remplacés, assurément.

Mais d'où sortent tous ces jeunes prêts à accepter à une espérance de vie de 3 ans (moyenne dans le milieu) en échange d'un bon salaire? Probablement des 7 millions de 'ni-ni', ces jeunes qui n'ont accès ni aux études ni au travail. En Espagne la situation est légèrement différente puisque le ni-ni ibérique n'étudie pas, ne travaille pas, mais ne compte pas le faire non plus. Déjà il faudrait se lever le matin, ils ne voient vraiment pas pourquoi. Tant que papa-maman sont là...

Au Mexique, c'est plus compliqué. Les universités publiques ne peuvent faire face à la demande. La plus grande, l'UNAM (Université Nationale) refuse chaque année près d'un million de demandes. Et le pays n'offre pas non plus de travail légal pour ces cohortes de jeunes.

La première fois que j'ai entendu parler des ni-ni, c'était dans un documentaire sur les migrations. On y parlait du Salvador, cas paradigmatique de la fuite des travailleurs. Les jeunes ni-ni étaient les enfants d'émigrés qui, recevant l'argent envoyé par leurs parents, les fameuses remesas, traînaient leur ennui en attendant l'envoi suivant. Apparemment, l'épidémie s'est propagée vers le nord. Dans des sociétés pour la plupart vieillissantes qui ne voient les jeunes que comme un danger... pourquoi se battre pour trouver sa place? Telle est peut-être bien la problématique de fond.