Coca: extension du domaine de la lutte

Catégorie:

Le président Morales, ex-représentant des producteurs de coca, souhaite étendre les surfaces cultivées pour répondre aux usages traditionnels et industrialiser ses dérivés. Un moyen de développer l'économie bolivienne... si le contrôle de la production suit, ce qui n'est pas évident.

Depuis son arrivée au pouvoir, Morales veut légaliser une pratique tolérée par ses prédécesseurs:  la culture du cato, une parcelle de 40m de côté que chaque famille peut planter de coca dans les zones où un usage traditionnel existe. Il y a actuellement 12.000 hectares sur le point d'être légalisées, essentiellement dans le Chapare (département de Cochabamba, voir carte) et los Yungas (département de La Paz), les deux principales zones de production.

Morales veut porter à 20.000 les hectares de cultures légales; 16.000 pour couvrir la demande pour usage traditionnel, car les 12.000 semblent insuffisants; et 4.000 dont la production, contrôlée par l'Etat, devrait être transformée industriellement. On fait beaucoup de choses à partir de la feuille de coca: du thé, des bonbons, des biscuits, des barres énergétiques (avec du quinoa), des produits cosmétiques, du dentifrice et du shampooing...

Le président veut y ajouter un nouveau dérivé: une boisson énergétique qui s'appellerait Coca (normal!!) Colla (Colla désignant les descendants d'aymaras). Si le projet se confirme, on voit d'ici les avocats se lécher les babines à la perspective d'une belle plainte pour parasitage (en l'occurrence, le fait de donner à un produit un nom très proche d'un produit similaire).

Pour légaliser ses cultures de coca, la Bolivie peut s'appuyer sur une décision de l'ONU intervenue en novembre 2009 et qui revient enfin sur les obligations de la Convention de Genève de 1961 sur les stupéfiants: l'ONU reconnaît les usages traditionnels de la coca et indique qu'il faut bien sûr les prendre en compte - et adapter en fonction la lutte contre le narcotrafic. Belle nouveauté puisque le mot d'ordre pendant plus de 40 ans a été: extermination des plants de coca tant cultivés que sauvage (et vive la biodiversité!).

Cependant, les détracteurs du projet s'inquiètent de la surface croissante de cultures destinées au narcotrafic. La production de drogue augmenterait dans le pays: +9% pour la cocaïne l'an dernier, alors que les surfaces cultivées de coca ont augmenté de 6%. Je serai curieuse de savoir comment ils arrivent à déterminer ça, mais bon.

Autre problème: selon un rapport de l'Association des Producteurs de coca (Adepcoca) cité par Le Figaro, 30 à 40% des feuilles récoltées officiellement seraient détournées.