Deux fleurons de l'élevage espagnol en danger

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Crise, évolution des moeurs, sécheresse et champignon: le célèbre cochon ibérique nourri aux glands, et qui donne le fameux (dans tous les sens du terme) jamón de bellota, et le taureau de combat, sont en danger.

Tous les deux sont élevés dans la dehesa, ces grandes étendues plantées de chênes: vert (encina), encore appelé yeuse, rouvre (roble) et liège (alcornoque), ce dernier déjà mal parti depuis que le liège a été remplacé par un composant artificiel pour sceller l'essentiel des bouteilles de vin.

Les chênes de la dehesa sont fragilisés par un ensemble de facteurs: la sécheresse, le labourage, et récemment un champignon d'origine australienne qui obstrue les vaisseaux de l'arbre et empêchent la circulation de la sève. 10% des 2.5 millions d'hectares sont touchés, et il n'y a aucun moyen d'empêcher l'expansion de l'épidémie.

Si les arbres plus jeunes résistent mieux, l'inquiétude est grande car les chênes étaient quasiment considérés comme immortels et peu d'efforts ont été déployés pour assurer la relève. Pour le moment la réduction de la production de porc ibérique est faible, de l'ordre de 5 à 10%, parce que le éleveurs exploitent davantage les chênaies. Mais le jamón de bellota (littéralement jambon au gland) ne sera peut-être plus aussi authentique qu'avant.

Autre amateur de glands, le toro bravo, taureau de combat. Elevé en quasi liberté dans de très grands espaces pendant 3 à 4 ans, il revient cher. Tant qu'il s'en vend pour la corrida (comptez 5.000 euros par tête), les plus grands élevages, les maisons historiques notamment, s'en sortent. Mais villes et villages, touchés par la crise comme le reste du pays, limitent leurs dépenses en la matière. Les nouveaux riches de l'immobilier, friands de ces spectacles, ont perdu leur fortune. Et les corridas attirent moins qu'avant: près de 80% des 18-44 ans s'en désintéressent. L'élevage d'Atanasio Fernández, incontournable dans les années 70 et 80, a mis la clé sous la porte et envoyé des animaux soigneusement sélectionnés pendant des décennies à l'abattoir.

Et voilà en prime que la Catalogne envisage d'interdire les corridas, après les Canaries en 1991 (mais qui s'en souvient?). Pour les spécialistes, c'est le début de la fin.