Brésil: les militaires résistent au pouvoir civil

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En préparant la création d'une Commission de la Vérité qui enquêterait sur les crimes commis pendant la dictature, Lula a déclenché la plus grande crise politico-militaire de ses deux mandats. Il a dû faire machine arrière et donner des garanties à son état-major.

Il y a huit jours, Lula signait un décret-loi instituant un groupe de travail pour la création d'une Commission d'enquête sur les crimes de la dictature (1964-1985): 400 morts ou disparus, 20.000 personnes torturées, 50.000 arrêtées. En face, selon une des enquêtes les plus fiables, celle de l'archevêché de São Paulo, 24.000 personnes dans l'appareil répressif, dont 334 ayant participé aux séances de torture. La dictature brésilienne n'est pas celle qui a le plus assassiné, souligne El País, mais une de celles qui a le plus torturé. La loi d'Amnistie de 1979 serait tombée de fait.

C'était sans compter avec le pouvoir que les forces armées ont toujours. Le ministre de la Défense, le chef de l'armée, celui des Forces Aériennes et celui de la Marine ont discrètement présenté leur démission, le décret leur ayant paru 'revanchard et provocateur' dans sa rédaction. Si texte il doit y avoir, ont exposé en substance les armées, il doit englober toutes les violations des droits de l'homme, y compris celles commises par les guérilleros. Parmi les personnes qui pourraient être concernées, une certaine Dilma Roussef, ex-guérillera, actuelle chef de la Maison Civile (i.e. Premier Ministre) et candidate de Lula pour l'élection présidentielle d'octobre 2010... Assurément un bon moyen de gagner encore quelques mois, voire quelques années. Surtout si c'est la droite qui l'emporte en la personne de José Serra, gouverneur de l'Etat de São Paulo, actuellement favori dans les sondages (ce qui ne veut rien dire mais peut permettre à certains de caresser des espoirs!!).

Lula a brillamment rétropédalé en expliquant qu'il connaissait mal le texte (ce qui ne l'avait pas empêché de le signer, mais passons), a refusé les démissions et promis de revoir la loi. Encore un effort, camarade...