Sinomania dans les Andes

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La Chine et ses capitaux ont la cote dans les pays d'Amérique du Sud. Investisseur riche et décomplexé, qui ne souffre pas de l'image de l'impéralisme 'yanqui' ni du néo-colonialisme européen, le pays pousse ses pions. Le 'Premier Monde' risque d'avoir un réveil difficile.

En Bolivie, prendre des cours de chinois est un investissement sur l'avenir, voire sur le présent. De plus en plus de personnes s'y inscrivent: les uns dans la perspective de trouver des emplois que devraient créer les capitaux chinois, d'autres pour mieux négocier les produits manufacturés qu'ils revendent dans leurs boutiques, indique BBC Mundo. Ça ne doit pas être de la petite échoppe, tout de même; mais on n'aura pas dans cet article d'informations chiffrées sur cette vague chinoise: une risée, un tsunami? Mystère.

Ce qui n'est un mystère pour personne en revanche est que les Chinois sont très amis avec les Boliviens. Fort habilement, ils proposent au pays andin des partenariats et de la coopération. Le premier satellite bolivien sera de fabrication chinoise, son premier train électrique (non ce n'est pas seulement Noël) aussi. Et puis la Chine propose d'apporter ses capacités techniques... notamment pour l'exploitation du lithium bolivien.

Voilà, le mot est lâché: le lithium. La Chine contrôle le gisement tibétain, probablement le deuxième plus important après la Bolivie. Mais que l'Empire du Milieu voie à très long terme, anticipant ses éventuels besoins, soit qu'il cherche à limiter l'accès de concurrents au lithium bolivien, il est en train de très bien jouer son jeu. Le président Morales l'a fait savoir à tous les candidats qui courent après son lithium: la Bolivie veut des associés, pas des patrons. C'est exactement ce que la Chine semble proposer: des collaborations entre égaux.

Une finesse toute diplomatique que l'on ne retrouve pas en Equateur, par exemple. Fin novembre, les investissements chinois dans ce pays atteignaient 2.2 milliards de dollars. Mais début décembre, au milieu d'une autre négociation milliardaire pour la construction d'un barrage hydroélectrique financé à 85% par la Chine, le président Rafael Correa faisait étalage de ses désagréments: des conditions inacceptables, même le FMI n'avait pas traité l'Équateur aussi mal (et c'est l'insulte suprême au sud du Rio Grande), le pays se sent insulté. Que tout le monde se rassure: le dialogue continue.

Il a déjà été question, dans un post précédent, des projets d'investissements dans l'industrie minière au Pérou (qui a ratifié il y a trois semaines son traité de libre-échange avec la Chine) et au Chili. Avec un résultat plutôt positif pour les Chinois dans le premier cas et une négociation à affiner dans le second.