Corruption tous azimuts en Espagne

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Nouvelle application de l'un de mes dictons préférés: quand on cherche, on trouve. En Espagne, on en est à plusieurs cas de corruption politico-financière par semaine. Normal, selon un ancien responsable politique de la gauche communiste, Julio Anguita, pour qui la corruption est pour les Espagnols 'quelque chose de congénital'.

Temps bouché devant et derrière, tempête sur les côtés, vent d'est autour et flotte au-dessus: cet extrait d'un sketch de Robert Lamoureux pourrait s'appliquer à la situation du moment en Espagne. Alors que le PP (Parti Populaire, opposition) patauge joyeusement dans l'affaire Gürtel, levée il y a maintenant 9 mois par El País, le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, au gouvernement) est rattrapé à son tour, sur son flanc catalan, par l'affaire Pretoria. Le juge Baltasar Garzón a fait arrêter neuf personnes dans une affaire de corruption liée à l'urbanisation; parmi elles on trouve le maire socialiste de Santa Coloma de Gramenet, neuvième ville de Catalogne en termes de population. On compte aussi deux anciens hauts responsables issus du parti nationaliste CiU, Convergence et Union, au pouvoir en Catalogne pendant près de 30 ans.

Tout le monde se trouvant mouillé, ou pour le moins éclaboussé, les débats parlementaires, tant au Congrès national qu'au Parlement catalan s'en sont trouvés apaisés. Plus personne n'ose attaquer personne. Ce qui ne durera sûrement pas...

Le boom immobilier qu'a connu l'Espagne depuis la fin des années 90 a fait croître et se multiplier les opérations douteuses (pots-de-vin, requalification de terrains...) et si Marbella a été longtemps la ville symbole de la corruption immobilière, la liste des prétendantes s'allonge chaque jour un peu plus.

Que l'argent sale soit une spécialité espagnole n'est un secret pour personne. Curieusement, c'est le pays de l'Union Européenne qui utilise le plus de billets de 500€. Il y a quelques années, ils représentaient même 70% de l'argent en circulation. Vous, je ne sais pas, mais moi je n'en ai jamais vu. 3 millions d'euros en billets de cette valeur faciale se sont d'ailleurs évanouis dans la nature entre 2007 et 2008. C'est aussi sous la forme de billets de 500€ que sont partis en Suisse, pour blanchiment, des dizaines de millions d'euros de la trame Gürtel, selon le porteur de valises.

Alors que le chômage est proche des 19% de la population active en Espagne et qu'il a fallu rallonger la durée des prestations pour soutenir les chômeurs en fin de droit, l'activité souterraine est repartie au grand galop. On l'estime toujours à près d'un quart du PIB espagnol, et la presse répète sur tous les tons que si elle était à 10 points de moins, comme dans la plupart des autres pays de l'Union (voilà qui rassure...) l'Espagne créerait 2.5 millions d'emplois. On se demande bien pourquoi tous ces méchants Dobbies ne travaillent pas légalement! Congénital, nous dit-on... voilà une explication convaincante, et toujours judicieuse à employer en politique.