Le CV d'un bon militaire

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Dans la crise politique qui a mené à la 'succession constitutionnelle' (c'est pas moi qui le dis, c'est Micheletti), laquelle a déposé le président Zelaya en pyjama au Costa Rica, on a insuffisamment parlé d'un homme clé: le chef de l'Etat Major interarmée, le général Romeo Vásquez.

Le limogeage de ce responsable militaire par le président, auquel il refusait d'obéir, a puissamment contribué à mettre le feu aux poudres honduriennes à la fin du mois de juin. Même si le général s'en défend aujourd'hui, son nom a été associé à l'arrestation et l'exil forcé de Zelaya. Il a été immédiatement rétabli dans ses fonctions par le président de fait, Roberto Micheletti, qui confirmait la suspension de son limogeage par la Cour Suprême.

Moyennant quoi, le général n'est pas n'importe qui. Sa biographie, publiée par les Forces Armées du Honduras, est longue comme le bras de certains présidents (pas Zelaya, qui compense en étant très grand). Et on y découvre tous les cours et formations qu'il a suivis avec succès.

Bien sûr, un élément prometteur, au sein d'une armée latinoaméricaine, dans les années 70 ou 80, passait forcément par l'Ecole des Amériques. L'Ecole militaire des Amériques. L'Ecole militaire des Etats-Unis pour les Amériques. Mais quand même, on avait décroché les portraits des dictateurs, ça prenait la poussière, c'était de l'histoire, la US Army School of the Americas. Tellement poussiéreux même tout ça qu'elle a changé de nom: c'est maintenant l'Institut pour la Sécurité et la Coopération de l'Hémisphère Occidental. Il fallait, en même temps, car des esprits chagrins l'avaient rebaptisée 'Ecole d'assassins' ou 'Ecole des bourreaux'.

Enfin bref. Parmi ses élèves les plus brillants, Pinochet est mort, Stroessner est mort, Videla n'est plus très frais mais toujours vivant, Noriega un peu poursuivi par toutes les justices (fallait pas fâcher les Etats-Unis); mais c'est une autre génération. Plus près de nous, bien sûr, Vladimiro Montesinos, brillant chef du renseignement du président péruvien Alberto Fujimori. C'est vrai que le général guatémaltèque Efraín Ríos Montt, pas vraiment un ami des démocrates ni des Indiens, n'est toujours pas éjecté de l'échiquier politique de son pays. Mais tout de même, en 2009, retrouver dans un coup d'Etat un militaire formé à la grande époque, ça laisse songeur. Cela étant, rien à redire: il a eu la formation pour lutter contre la subversion. Il a même suivi le cours qui permet de devenir soi-même instructeur ('Capacitación como Instructor Escuela de las Américas, Fort Gulick, Panamá').