Panama: des bases navales étasuniennes? Ou pas?

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Il peut s'agir d'une maladresse de communication, ou d'un ballon d'essai: dimanche un ministre annonce que les Etats-Unis installeront deux bases navales sur la côte pacifique du Panama, dans la journée le premier vice-président et ministre des Affaires Etrangères dément catégoriquement l'information. A suivre donc: lequel des deux sera viré le premier?

Le Panama doit beaucoup aux Etats-Unis. Sans eux, il serait une province colombienne. Mais en échange d'un soutien à un groupe de séparatistes, et de son indépendance en 1903, le nouveau petit pays a offert à son grand parrain la concession du canal (le résumé des chapitres précédents est ici). Et puis, comme disent Les Luthiers pour l'Argentine (et ce qu'il y a de bien c'est que ça vaut pour un paquet de pays): 'n'oubliez pas que les Etats-Unis sont les principaux soutiens de notre actuelle démocratie, et de nos dictatures antérieures.'

Mais depuis 2000, c'est un petit pays totalement 'libre de soldats étasuniens', comme on dit d'un bar qu'il est 'libre de fumée' (libre de humo). Même s'il fait partie du Plan Mérida, un plan de lutte contre le trafic d'armes et de stupéfiants, à l'initiative des Etats-Unis.

Seulement voilà qu'a lieu à New York un sommet de l'ONU, et que le nouveau président panaméen, Ricardo Martinelli, rencontre Hillary Clinton. A la sortie, un ministre, le sus-nommé José Raúl Mulino, donne une interview à un journal national, La Prensa, et explique que parmi les thèmes de coopération bilatérale évoqués, il y a un accord pour l'établissement de deux bases navales étasuniennes sur le territoire du Panama, et que le traité définissant les conditions de l'accord serait signé avant le 30 octobre.

Ce pauvre Mulino a dû mal comprendre, car son chef s'est précipité (sans doute à la lecture de l'article dans La Prensa) pour indiquer que cette information était 'totalement fausse'. Une minute de compassion pour ce ministre qui non seulement a dû se prendre une beuglante, mais en plus passe pour un crétin.

Fatalement, on repense au refus de l'Equateur de prolonger l'accès étasunien à la base militaire de Manta; à l'accord colombien pour l'utilisation de 7 nouvelles bases sur son territoire... et arrive à la conclusion que certes, le Panama est plus au nord que la Colombie, donc que c'est une pauvre prise; mais qu'enfin, l'information pourrait être crédible.