Opération de peuplement de l'Amazonie bolivienne

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La redistribution des terres, promise par Evo Morales, passe par le déplacement volontaire de populations. Notamment vers le département de Pando, au nord du pays, limitrophe de l'Etat d'Acre au Brésil. L'opposition crie au complot politique.

Ce lundi 10 août a marqué le début d'une opération de 'colonisation' du département de Pando. A terme, 2.000 familles, réparties en villages de 45 à 50 familles, peupleront 40.000 hectares. Mais ce lundi, les 400 premières familles ont été installées sur des terres de l'Etat, 'reprises' pour certaines aux Brésiliens qui les occupaient illégalement. Les médias citent notamment une scierie illégale qui, saisie, deviendra une menuiserie communautaire.

Un blog brésilien, pour sa part, se fait l'écho de l'expulsion de petits paysans brésiliens installés depuis des années et qui, nous dit-il, ne cherchaient qu'à gagner leur vie. Ils doivent donc laisser leur place à des Indiens, à des paysans originaires de l'ouest, notamment du Chapare, région traditionnellement productrice de coca, et à des ouvriers de la canne à sucre (zafreros).

Les missions de ces colons sont multiples. Nouveaux propriétaires, ils doivent mettre en valeur leurs terres, mais aussi servir de vigies (de vigiles?) contre les activités de contrebande qui déforestent l'Amazonie, et garantir par leur présence la souveraineté nationale sur le territoire, souvent 'envahi' sans que quiconque ne s'y intéresse - le nord de la Bolivie a été amputé à deux reprises au bénéfice du Brésil: en 1867 puis en 1903, à raison de près de 490.000 km2. C'est quand même pratiquement la superficie de l'Espagne (505.000 km2).

Pour l'opposition, les déplacés ne feront que reproduire ce qu'ils faisaient jusqu'alors dans le Chapare: cultiver de la coca, et transformeront le département du nord en un lieu de production et plus seulement de passage pour le narcotrafic. Les opposants dénoncent aussi une manoeuvre politique de Morales, qui chercherait à rééquilibrer l'électorat dans ce département qui lui est farouchement opposé - son gouverneur est d'ailleurs toujours emprisonné. La population totale en 2007 ne dépassait qu'à peine les 70.000 habitants, mais elle est représentée par 3 sénateurs (sur un total de 27) qui seraient une pièce-clé pour le président. S'il venaient à basculer de son côté, Evo Morales obtiendrait la majorité à la chambre haute.