Lectures de vacances: Ziegler et Coatalem

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Les vacances, c'est bien connu, ça sert à rattraper tout ce qu'on n'a pas fait dans l'année. L'occasion de ressortir l'exemplaire de La haine de l'occident qui m'attend depuis plusieurs mois. Et de me plonger dans le récit de Jean-Luc Coatalem d'une Mission au Paraguay, il y a déjà 13 ans.

D'après la notice de la 4ème de couverture, M. Ziegler est une pointure. Moi, je veux bien, je n'y connais rien. De son livre, j'ai lu la partie qui m'intéressait: la cinquième, sur la Bolivie. Très belle description de l'investiture traditionnelle d'Evo Morales dans les ruines de Tiwanaku, assez épique, au sens premier. Je n'y étais pas. Et puis on repart en arrière dans l'histoire du pays, avec la guerre de l'eau de l'année 2000. Et là, je commence à compter les inexactitudes: non, Sánchez de Lozada (avec un Z partout) n'est pas président en 2000; si la question de la souveraineté des ressources est fondamentale, c'est celle du gaz qui a entraîné sa chute en 2003 (et pas 2004 mais nul n'est à l'abri d'une erreur), et non les revendications sur l'eau. Le président intérimaire Carlos Mesa est aimablement qualifié de 'professeur falot' (je vous en prie, 'falot' est de trop... 'professeur' est suffisamment insultant...) et accusé de n'avoir rien fait à part mentir aux populations jusqu'à ce qu'il renonce à la responsabilité présidentielle en 2005: ce n'est pas le souvenir que j'en avais. Historien apolitique, plutôt bien vu par la population, il m'avait semblé s'efforcer pour répondre aux aspirations populaires tout en gardant à l'esprit le sens des réalités.

Perplexe, je suis allée fouiner un peu sur internet, pour en savoir plus sur l'auteur et son oeuvre. Et je suis tombée sur le commentaire d'une lectrice qui a assisté au discours de Dakar et s'étonne du tableau, nettement plus pittoresque, certes, mais moins exact d'après elle, qu'en brosse Ziegler.

L'analyse de Ziegler est peut-être très pertinente, mais j'ai du mal à faire confiance à quelqu'un qui, pour le peu que je connais, rapporte des faits inexacts et amalgame joyeusement les événements. Heureusement, quantité de gens s'enthousiasment pour son ouvrage, ce qui vous permettra d'avoir un autre son de cloche.

Quant à la Mission au Paraguay de Coatalem, c'est rapide à lire. Et ça me conforte dans l'idée que c'est quand même rudement mieux, quand on prétend écrire sur un pays, d'en parler la langue. J'ai rapidement tiqué sur les empeñadas, censément des chaussons à la viande, qui ailleurs dans le monde hispanique sont nommés empanadas (alors qu'empeñadas signifie 'mises au clou'). Mais le Paraguay, c'est différent, nous assure Coatalem, qui dans son avant-propos souligne combien son récit de voyage a été étrillé par la critique paraguayenne. Sans blague??!!! 

Il faut dire que des deux mois passés dans le pays sous couvert d'une mission culturelle (c'est généreux, la France), on sent surtout l'insondable ennui que traîne son auteur. Ennui qu'il aurait pu traîner n'importe où ailleurs, en l'agrémentant tout pareil de quelques informations trouvées dans une bonne encyclopédie, avec quelques analyses qui pour ma part me laissent dubitative. Certes, la guerre de la Triple Alliance (le Paraguay contre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay - voir billet sur la paternité au Paraguay) a été dramatique pour le pays. Certes, la population masculine adulte a été réduite à pas grand chose. Mais de là à conclure que les dictatures successives connues par le pays trouvent leur cause dans cette guerre qui aurait provoqué 'le besoin d'un pouvoir fort, autoritaire'... combien d'hommes en Argentine? au Brésil? au Chili? et j'en passe, pays qui ont tous connu des dictatures.

J'en retiens qu'il faut que je relise d'urgence (ou pas...) le tome des aventures de Tintin et Milou intitulé L'oreille cassée, qui établirait des parallèles certains avec l'histoire paraguayenne.

Et c'est à peu près tout. Mais je vous rassure: j'ai encore plein de livres à lire!