L'éternel défi de l'accès bolivien à la mer

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La Bolivie cherche toujours un accord avec ses voisins pour obtenir l'accès à la mer qui lui permettrait d'exporter plus facilement ses productions. Des négociations sont en cours avec le Chili, l'ennemi héréditaire, mais c'est le petit Uruguay - moins voisin mais plus intéressé - qui propose la solution à plus court terme.

Seuls deux pays d'Amérique n'ont pas d'accès à la mer. Le Paraguay, parce qu'il est au milieu du continent, et la Bolivie, parce qu'elle a perdu la guerre du Pacifique (1879-1884) contre le Chili (et alors qu'elle était alliée au Pérou). Depuis, les Boliviens et les Chiliens ne s'aiment pas trop. Un projet d'exportation de gaz bolivien vers les Etats-Unis, via un port chilien, avait été en 2003 à l'origine de la 'guerre du gaz'. Depuis que Michelle Bachelet et Evo Morales sont présidents, des discussions ont débuté sur un éventuel accès à la mer.

Des architectes chiliens ont également proposé de creuser un tunnel depuis la Bolivie, sous le territoire chilien, et qui déboucherait sur une île artificielle créée avec les déblais du tunnel (150 kilomètres, une paille). Ils ont aussi imaginé que les eaux entourant cette île pourraient être tripartites: boliviano-chileno-péruviennes. Courrier International s'est fait l'écho du projet.

Une bien bonne idée donc, accueillie avec intérêt par le gouvernement chilien (ça veut probablement dire qu'il trouve ça irréaliste mais si ça peut occuper les Boliviens deux minutes...). D'autant meilleure, cette idée, qu'elle tombe en plein dans un désaccord sur les frontières maritimes du Pérou et du Chili, qui se battent pour 35.000 km2 d'eaux poissonneuses. Aller construire une île bolivienne dans le milieu, avec des eaux multinationales autour, voilà qui va faire plaisir à tout le monde.

Donc la Bolivie cherche d'autres solutions. Par le Pérou, c'est plié; par le Chili, pas gagné; par le Brésil, pas d'actualité, et puis c'est plus long; reste l'Argentine. Et l'Uruguay...

Bon, certes, ce n'est pas un voisin direct, mais lui au moins il a la mer. Et puis il est disposé à faire des efforts: il aimerait bien acheter le gaz bolivien à condition préférentielle, en l'échange de l'utilisation du port de Nueva Palmira, dans l'embouchure du Río de la Plata (union des fleuves Uruguay et Paraná). Un 'port libre' serait institué, sans que l'Uruguay ne prélève de taxes - alors que le Chili facture des droits de douane sur les marchandises qui transitent par le port d'Arica, au nord du pays. D'après La Prensa (Bolivie), les producteurs se frottent les mains à l'idée d'économiser de 10 à 20% sur leurs coûts d'opération.

Il pourrait d'agir d'un bon moyen pour faire pression sur la diplomatie chilienne, alors que début juillet Bolivie et Chili sont tombés d'accord sur la répartition des eaux du fleuve transfrontalier Silala, préalable à de nouvelles négociations pour améliorer les possibilités d'exportation de produits boliviens.

Mais si le projet uruguayen (qui doit être mis en oeuvre pour 2010) allait à son terme, par curiosité, j'aimerais bien savoir comment les marchandises et les hydrocarbures transiteraient entre la Bolivie et le port uruguayen de Nueva Palmira. Et combien les Argentins demanderaient en échange: que la Bolivie puisse vendre facilement son gaz à d'autres qu'eux et les Brésiliens, voilà qui n'est pas du tout dans leur intérêt.