Affaire Gürtel: ça mérite qu'on en parle...

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Les Pyrénées sont trop hautes pour que les échos de l'affaire Gürtel n'arrivent jusqu'à nous, certes, mais tout de même! L'affaire Gürtel secoue le monde politique depuis le mois de février, soit bientôt 5 mois. Il s'agit d'une affaire présumée de corruption et de trafic d'influence dans laquelle sont impliqués des membres éminents du Parti Populaire espagnol.

Au centre de cette trame supposée mais dont des indices probants apparaissent chaque jour, un entrepreneur: Francisco Correa. D'où le nom de code de cette affaire, Gürtel, en français la courroie, en espagnol la correa. Correa a créé au fil des ans un conglomérat d'entreprises qui aspiraient les fonds publics en obtenant des marchés par la corruption de fonctionnaires et d'autorités, principalement dans les Communautés autonomes de Madrid et de Valence, dirigées par le Parti Populaire. Il est également question de ramifications en Galice et sur la Costa del Sol. Entre autres organisateur des meetings du PP, Correa fut le témoin du jeune et prometteur Alejandro Agag lors de son mariage avec Ana Aznar, fille de. Un très grand moment de télévision publique, ce mariage, soit dit en passant. Celui du Prince des Asturies quelques années plus tard avait l'air presque sobre à côté. Comme les archives vidéos ne sont plus accessibles sur RTVE, je vous renvoie au dossier spécial de ¡Hola!

L'hypermédiatique - mais pas pour autant inefficace - juge Baltasar Garzón a mené l'enquête à ses débuts, avant de s'en dessaisir au profit des Tribunaux Suprêmes de Madrid et de Valence, seuls à même d'entendre les prévenus exerçant des responsabilités politiques: le président populaire de la Communauté de Valence, Francisco Camps; son numéro 2, Ricardo Costa, et trois députés régionaux du parlement madrilène.

D'après ses investigations, le sénateur populaire et trésorier du parti Luis Bárcenas aurait perçu plus d'un million d'euros. Probablement pas que pour son usage personnel. Autour de la trame présumée, il est également question de blanchiment d'argent, de fraude fiscale et de quelques autres délits répréhensibles. Et l'on en est désormais à plus de 50 personnes susceptibles d'être impliquées.

Mariano Rajoy, leader du parti, ne sait pas y faire. Il semble un peu gêné aux entournures, ce qui est quand même malheureux quand Francisco Camps se serait fait offrir pour 60.000€ de costumes - les factures ont été envoyées à Pablo Crespo, un des proches de Correa. Pour sa part la secrétaire générale María Dolores de Codespal a annulé pour la troisième semaine consécutive la traditionnelle conférence de presse que son parti offre le lundi. Comme on m'a expliqué récemment, 'il y a un temps politique', lequel semble souvent plus proche de l'échelle des dinosaures que de celle du citoyen de base. D'ailleurs, l'affaire aurait déjà fait des dégâts parmi les militants qui rendent leur carte... mais là non plus pas de chiffres officiels. En off, il semblerait que l'inquiétude majeure des dirigeants porte plutôt sur les révélations successives qui pourraient mener la justice à enquêter sur un éventuel financement illégal du PP. Et pour ceux qui ont la chance de lire l'espagnol, je recommande un article du célèbre chroniqueur Juan José Millás dans El País. Toujours très bien écrit et très bien pensé.

Tout récemment a été confiée au Tribunal Pénal de Madrid une partie de l'enquête, celle qui concerne le trésorier du PP Bárcenas ainsi qu'un député populaire et ancien vice-président de la communauté de Castille et Léon, Jesús Merino.

Et ça continue... le dernier avatar est l'implication d'une entreprise de travaux publics, Constructora Hispánica, qui a reçu pour près de 100 millions d'euros d'adjudication de fonds publics pour le chantier de l'AVE, le train à grande vitesse espagnol, et qui payait de fausses factures à des entreprises fantômes. Fatalement, ça aiguise la curiosité des juges d'instruction...

Quant à ceux qui diront que je ne tire mon information que de la presse de gauche, donc peu favorable au PP, je les renverrai sur la chronologie que El Mundo établissait en mai sur la partie valencienne de l'affaire. J'avoue que ABC est nettement moins explicite que El País sur l'enquête (c'est si beau un journal qui respecte le secret de l'instruction! Et surtout, tellement pas à géométrie variable!!).