Ce qu'il faut savoir du Panama

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Grosso modo, en France, on ne connaît du Panama que le canal, l'affaire et le chapeau. Ce qui part déjà mal, puisque le chapeau n'est pas local, le canal à peine plus, et l'affaire, française. Même si les trois sont liés.

Il n'avait échappé à personne que le moyen le plus court pour relier l'Océan Pacifique à l'Atlantique consistait à traverser cet isthme appelé Panama, rattaché tout d'abord à la vice-royauté du Pérou, puis à la Nouvelle Grenade au début du XVIIème siècle, puis province de la Grande Colombie après son indépendance, sous l'égide de Simon Bolivar. On songea à un canal dès le XVIème siècle, en profitant du grand lac intérieur, le Lago Gatún (voir une carte détaillée).

Après les caravanes de mules, un chemin de fer fut construit en 1855 par la nord-américaine Panama Railroad Company. Entre 1880 et 1889, une compagnie française, la Compagnie universelle du canal interocéanique, dirigée par l'ingénieur Ferdinand de Lesseps encore auréolé du succès du percement du canal de Suez, s'y employa. Les solutions techniques étant inappropriées - Lesseps voulait creuser au niveau de la mer sans tenir compte du relief-, le chantier coûta très cher et fut à l'origine de l'affaire de Panama ou scandale du Panama.

Quant au chapeau, il est d'origine équatorienne mais équipa largement les ouvriers du canal. D'où le nom d'usage...

Il est plus intéressant de savoir que les Etats-Unis souhaitèrent reprendre la construction du canal après l'échec de la tentative française. La Colombie ayant refusé, les Etats-Unis appuyèrent le mouvement indépendantiste (presque) spontané de courageux habitants se rebellant contre la tyrannie colombienne (on ne va pas contester la version des Etats-Unis, quand même. Si? Si.)

Le Panama se déclare indépendant le 3 novembre 1903, indépendance aussitôt reconnue par les Etats-Unis dont les troupes vont défendre la jeune démocratie contre l'armée colombienne venue contrer le séparatisme (le corps des pompiers du Panama a été 'bombardé' armée nationale mais l'uniforme ne fait pas le soldat). Le 18 de ce même mois (il n'y a pas d'heure pour les braves ni de délai pour les bonnes affaires), la République du Panama concède aux Etats-Unis la réalisation du chantier et la souveraineté sur le territoire nécessaire à la construction du canal, berges comprises. Pour le centenaire du canal, Le Monde Diplomatique a publié un article très instructif sur son histoire: Panama, un canal à tout prix.

Les Etats-Unis ont continué à veiller de près sur ce petit pays, en plaçant à sa tête Manuel Noriega, un militaire prometteur, formé à la Army School of the Americas, rémunéré par la CIA et qui a largement contribué au trafic de drogue combattu par la DEA, comme le rappelle Larry Collins dans son roman Les aigles noirs. Lequel Noriega, finalement lâché par l'administration américaine, a été jugé et incarcéré aux Etats-Unis, et pourrait maintenant être incarcéré en France oû il a été condamné pour blanchiment de l'argent de la drogue.

Bon, j'abrège. En 1999, dans leur grande bonté, les Etats-Unis restituent au Panama la souveraineté sur leur territoire et leur canal. Il faut dire qu'entretemps les tankers sont devenus beaucoup plus gros et que le canal n'est plus opérationnel. Les travaux vont coûter très cher et finir de détruire la forêt environnante, ce qui est un peu gênant parce que le ravinement et les inondations s'accentuent sur terrain nu, mais on ne fait pas de canal sans casser du pays. Les travaux d'élargissement du canal ont été lancés en 2007, le projet ayant été approuvé par référendum (78% de oui) en 2006. Trois semaines avant, le Nicaragua annonçait son projet de creuser son propre canal.

23/06/09: Un article du Figaro sur le chantier du canal de Panama.