Uruguay: légaliser le cannabis pour lutter contre l'insécurité?

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L'Uruguay a récemment annoncé un train de mesures destinées à réduire l'insécurité dans le pays. Parmi celles-ci, un projet de légalisation du cannabis, dont la culture et la vente seraient un monopole d'Etat. Cette annonce a immédiatement suscité une polémique interne au pays et également fait réagir au-delà de ses frontières, ce qui était un des objectifs du gouvernement.

La consommation de cannabis est dépénalisée en Uruguay, où selon les chiffres il y aurait de 75.000 à 300.000 consommateurs (la population totale est de 3.3 millions de personnes). Mais le gouvernement souhaite lancer une initiative bien plus osée: légaliser la marijuana, et faire de sa culture et de sa vente un monopole d'Etat.

La vente serait limitée à des personnes préalablement enregistrées, âgées de plus de 18 ans et de nationalité uruguayenne. La vente exclusive aux nationaux a pour objet d'empêcher le développement d'un narcotourisme comme celui qui caractérisait les Pays-Bas. En outre, la vente légale serait limitée à 30 grammes par personne et par mois. Elle se ferait dans des clubs privés fournis par l'Etat à proportion de leurs membres.

Car les objectifs sont très clairs: il s'agit d'abord de réduire la délinquance et les violences liées à l'addiction. Le taux d'homicides dans le pays a grimpé de 75% au cours des cinq premiers mois de l'année, et 15 à 20% d'entre eux sont commis par des mineurs. Le gouvernement établit une corrélation entre ces homicides ainsi que les vols avec violence et la consommation de drogues fortes, comme la pâte-base de cocaïne, qui a des effets proches de ceux du crack. Les autorités considèrent également que les jeunes accros consommeraient des drogues fortes et bon marché faute de trouver du cannabis auprès de leur fournisseur. Cette affirmation est remise en cause par de nombreux spécialistes; d'autre part si la vente légale est réservée aux majeurs, je ne vois pas très bien en quoi elle résoudrait le problème de ravitaillement des mineurs. Mais il ne doit pas y avoir que ça.

Outre la question de la délinquance dans le pays, le positionnement du gouvernement se fait l'écho du débat lancé depuis quelques mois par des politiques latinoaméricains: la politique de prohibition des drogues - édictée par Nixon en 1971 - ne fonctionne pas; il serait donc avisé de réfléchir à d'autres moyens de lutte. L'Uruguay observe la situation de pays comme le Mexique, où les guerres de territoires des cartels et la mobilisation de l'armée pour combattre les narcotrafiquants laissent des miliers de morts. La violence a également explosé au Honduras, au Salvador, au Nicaragua, en Colombie, au Brésil et commence à toucher l'Equateur: "nous ne voulons pas que cela arrive en Uruguay", a expliqué le ministre de la Défense, qui - curieusement - porte le projet.

Divers juristes ont immédiatement dénoncé la violation de la Convention de Vienne sur les stupéfiants, laquelle oblige les pays signataires à lutter contre la culture et la distribution d'un certain nombre de substances psychotropes. C'est cette même convention qu'Evo Morales, le président bolivien, dénonce depuis des années, car elle classe comme drogue la feuille de coca. Sa culture, son usage traditionnel et d'autres utilisations sont donc interdites. La Bolivie souhaite exploiter commercialement des dérivés de la feuille de coca: thé, biscuits, mais aussi shampoing, dentifrice...

17/07. Le président Mujica semble faire volte-face, alors que les sondages mettent en avant une opposition des deux tiers des Uruguayens à la légalisation du cannabis.

08/08. Le projet a été envoyé au Congrès.