Uruguay: faire la guerre pour une usine?

Catégorie:

L'ancien président uruguayen Tabaré Vázquez (2005-2010) s'est fait plein d'amis en évoquant cette semaine devant des étudiants le conflit diplomatique qui a opposé son pays à l'Argentine à partir de 2006. La construction d'une usine de pâte à papier finlandaise sur la rive uruguayenne du fleuve frontalier, qui avait entraîné manifestations, blocages, plainte devant la cour de La Haye et déclarations viriles, aurait pu dégénérer en conflit armé, dit aujourd'hui Tabaré Vázquez. En tant que président, il se devait de prévoir toutes les hypothèses d'évolution du désaccord entre les deux pays.

Les révélations de Vázquez ont provoqué une vive réaction à Buenos Aires, où chacun jure qu'il n'a jamais été dans les projets argentins d'attaquer militairement la république voisine, à commencer par le chef de cabinet de l'ancien président Néstor Kirchner, Alberto Fernández. Une idée qui n'est venue à aucun Argentin, insiste-t-il, et à aucun Uruguayen non plus - sauf pour en écarter immédiatement l'éventualité, dit-il espérer. L'actuel vice-président affirme n'être au courant de rien (on ne se transmet pas les dossiers, en Argentine?); l'ancien président Lacalle trouve "inconvenant" d'avoir évoqué de tels faits, et toute la classe politique regarde Vázquez avec une certaine commisération.

Ce qui semble l'énerver un peu... Il rappelle donc qu'à l'époque, les tensions très vives étaient encore attisées par le président argentin Kirchner, pour qui une occasion de réveiller le nationalisme argentin tombait à pic: il avait alors bien besoin du soutien populaire. Des menaces d'attentats à la bombe avaient été proférées par des manifestants, et des manoeuvres militaires argentines avaient eu lieu à proximité de la frontière, souligne-t-il. Le chef de l'Etat uruguayen avait donc rencontré le président américain George Bush en 2006, afin de s'assurer de la traditionnelle amitié entre les deux pays. Ce rappel opportun - l'Uruguay est un nain mais les Etats-Unis sont derrière, je traduis - aurait, d'après Vázquez, calmé les ardeurs argentines.

Et cette affaire risque de faire un peu de bruit dans Landerneau, si j'en juge par l'élégance des propos tenus par Pedro Bordaberry, le leader du Parti Colorado (un des deux grands partis de la droite uruguayenne): Vázquez a fait preuve "d'irresponsabilité" en évoquant ces événements, "il est rattrapé par la biologie". Non mais, encore un peu et il va l'accuser d'anosognosie?

 

Le quotidien argentin de gauche Página 12 titre: Marlbrough s'en va-t-en guerre! Avec pour illustration une photo de Tabaré Vázquez affublé d'un casque militaire...