Université espagnole: frais d'inscription en hausse

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La décision était attendue depuis plusieurs semaines: en Espagne, les frais d'inscription à l'université vont augmenter. Pardon, en novlangue: les étudiants vont contribuer un peu plus au financement de leurs études. Il faut trouver trois milliards d'euros à économiser sur l'Education.

Une année universitaire en Espagne coûte environ 6.000€ par étudiant. Ceux-ci, nous informe le ministre de l'Education, de la Culture et du Sport, José Ignacio Wert, payent des droits d'inscription qui vont de 700 à 1.400€, ce qui représente - à la louche, les chiffres varient d'un média à l'autre, on croirait un meeting de campagne - de 15% à 17% du prix de leur scolarité. Il s'agit donc de leur demander d'en couvrir le quart - et l'on comprend implicitement que les différents "coffres publics", comme disent les Espagnols, continueront de payer les trois quarts restants. Moyennant quoi, nous explique-t-on, la hausse des droits ne devrait pas excéder 540€. Ah? Pourtant, 25% c'est 15% + 10% non? Si 15% correspondent à 1.000€, 25% ça devrait faire 1.000€ + les 2/3 de 1.000€? Arrêtez-moi si je me trompe. Sinon, c'est le ministre de l'Economie qu'il faut arrêter. Son expérience chez Lehman Brothers s'était mal finie pour l'entreprise.

Dans les coffres publics évoqués plus haut on trouve ceux des Communautés Autonomes; la situation est donc différente d'une région administrative à l'autre, les décisions politiques aussi. Le ministre laisse à chaque autonomie le soin de décider de la hausse applicable, sachant que la contribution des étudiants ne doit pas être en-dessous de 15% ni excéder 25% (je maintiens que de 15% à 25%, ça fait 66% de hausse). La toute petite communauté de La Rioja a annoncé ne pas prévoir une telle augmentation; au Pays Basque le maximum sera calqué sur le taux d'inflation; en Andalousie, les autorités reconnaissent que les droits d'inscription ne couvrent que 12% des coûts et qu'il faudra donc les augmenter.

Mais là, nous ne parlons que de la première inscription à une étape. Et ici il nous faut faire un petit point culturel: en Espagne, le coût de l'inscription est fonction des matières optionnelles retenues. Selon qu'elles sont données en petit groupe ou devant 400 étudiants en amphithéâtre, qu'il faut un équipement particulier ou des consommables spécifiques, etc., leur coût variera. En outre, le système de la compensation entre matières (8 à l'une, 12 à l'autre, moyenne 10, hop reçu!) n'existe pas en Espagne. Pour avoir son diplôme - qui est un diplôme final, au bout de trois ans pour une filière courte et quatre pour une filière longue - il faut être reçu à chacune des matières suivies. Donc, sans parler de "redoublement" complet, beaucoup d'étudiants traînent des matières de l'année, voire des années précédentes.

Reprenons. Pour sa première inscription, un étudiant devrait donc assumer environ un quart des coûts. Mais s'il échoue à l'examen et doit se réinscrire, il paiera alors un montant compris entre 30 et 40% du coût réel de l'enseignement. Troisième inscription? De 65 à 75%. S'il venait à s'inscrire une quatrième fois - de fait, il n'y a aucune limite - il paierait alors de 90 à 100% du coût de la matière.

Je suis surprise que le ministre n'ait pas présenté cet élément de la mesure comme une grande politique de motivation des étudiants à réussir leurs examens du premier coup. Mais je ne désespère pas.

Le portefeuille des étudiants ne sera bien entendu pas le seul facteur d'ajustement. La question du nombre minimal d'étudiants inscrits revient très sérieusement sur le devant de la scène, de même que l'augmentation du nombre d'heures d'enseignement pour les enseignants-chercheurs qui n'auraient pas publié de travaux de recherche au cours des six années précédentes. Et dans l'enseignement scolaire, où le nombre d'heures de cours a déjà été unilatéralement relevé dans plusieurs Communautés autonomes, on parle désormais de mettre plus d'élèves par classe: 30 au lieu de 27 en primaire, 36 au lieu de 30 dans le secondaire.

Et certainement quelques autres mesures à venir, car la seule chose actée est la réduction du budget de trois milliards d'euros, qui fera probablement l'objet d'un décret-loi aujourd'hui même.