Un super arbre pour un air plus sain à Lima

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L’imposante structure métallique au cœur de Lima n’étonne plus personne. Aujourd’hui les liméniens utilisent quotidiennement cette machine, appelée le Super Arbre, pour pouvoir prendre un bon bol d’air frais. Par Julie Lecomte et Martha Cooper.

Lima est une des villes les plus polluées du monde. En effet, d’après l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) il s’agit de la ville la plus polluée du continent américain. Cela constitue un réel problème puisqu’à Lima, presque un quart des enfants de moins de quatre ans souffre de problèmes respiratoires! De nombreux citoyens essaient donc de trouver une solution pour lutter contre ce problème.

Parmi eux, Jorge Gutierrez, ingénieur naval aujourd’hui reconverti dans l’environnement, a eu l’idée en 2004 d’un concept innovant : le Super Arbre. Il s’agit d’une structure métallique de cinq mètres de haut qui filtre l’air ambiant pour le purifier et en retirer les particules nocives pour la santé.

Son fonctionnement ? Il est assimilable à l’action de 1200 arbres (d’où son nom). Néanmoins il nécessite de l’électricité pour fonctionner mais son efficacité est indéniable puisqu’il purifie jusqu’à 200 000 mètres cubes d’air par jour. Un super arbre fournit donc assez d’air pur pour 20 000 personnes par jour. Ainsi, la machine aspire l’air qui l’entoure et, en se basant sur un processus thermodynamique déjà existant dans la nature, le PAU-20 (Purificateur d’Air Urbain) produit de l’air sain qu’il rejette dans un petit sas. Les habitants peuvent alors aller s’y oxygéner.

Au cœur du super arbre, les particules nocives de l’air liménien, lourdes, s’accumulent au fond de la couche d’eau. Ces polluants sont ensuite rejetés par l’« arbre » sous forme d’eau dans des réservoirs. Un projet que mène Jorge Gutierrez depuis 2009.

Sa motivation ? Réduire le nombre de cas d’infections et de maladies pulmonaires, dues au moins en partie aux particules fines, qui ne cesse d’augmenter de façon alarmante. Le nombre de nouveaux cas de cancer déclarés tous les ans, de l’ordre de 42000, a interpellé l’inventeur du super arbre. Le projet PAU-20 est avant tout un projet à la visée sociale. Le premier super arbre est d’ailleurs installé devant un hôpital.

Son prix d’installation modeste, de 100.000$, et son autosuffisance économique le rendent accessible aux collectivités locales qui souhaitent l’installer pour lutter notamment contre les pics de pollution aux heures de pointe. En effet, des subventions gouvernementales réduisent le prix à l’installation. L’investissement est également amorti par le parrainage de deux entreprises qui reversent chaque mois 3 000$ à Tierra Nuestra (l’entreprise qui fabrique ces machines) pour qu’elle y appose le logo de ces entreprises sur le purificateur.

Actuellement au nombre de deux, le projet initial était d’installer 400 arbres mécaniques dans la capitale péruvienne avant 2013, ainsi purifiant tout l’air de la ville. En 2015 le projet est donc loin d’être terminé.

Qu’en pensent les Liméniens ? Les Liméniens sont plutôt convaincus : « Je pense que c’est une bonne occasion de lutter contre la pollution, et d’améliorer le quotidien des citoyens », dit un utilisateur de l’un des super arbres. Ce projet rencontre beaucoup de succès auprès des enfants également, notamment grâce à ses airs d’aspirateur géant. Ainsi, environ 700 personnes utilisent ce service gratuit chaque jour.

Le futur du projet ? Le super arbre est en constante amélioration : Tierra Nuestra souhaite le rendre accessible à un plus grand nombre de clients. On espère les voir dans des endroits publics, tels que les hôpitaux, ou bien chez des clients privés, pour un usage domestique. Pour cela, les recherches actuelles visent à réduire les nuisances sonores produites par le fonctionnement du super arbre (qui est de 60db, l’équivalent d’un sèche-linge en marche 24 heures sur 24).

Finaliste au concours « Une idée pour changer l’Histoire » de l’édition 2014 organisé par History Channel aux Etats-Unis, le projet de Jorge Gutierrez attire les regards non seulement de ses concitoyens, mais également du monde entier. Le gouvernement mexicain prévoit d’installer 100 supers arbres, grâce à son inclusion au concours. Ces machines, destinées pour être utilisées en conjonction de politiques de réduction d’émissions de dioxyde de carbone, pourront alors prochainement marquer l’espace public européen.