Pérou: l'opposition aux projets miniers fait tache d'huile

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Alors que le nouveau président Ollanta Humala se débat entre un second vice-président soupçonné de corruption et qui refuse de démissionner, d'une part, et la présomption d'un financement illégal de sa campagne électorale (voir l'excellent billet de Francine L'Hantoën), le principal syndicat du pays, la CGTP, retire son soutien au projet minier Conga, auquel le président est favorable.

Le projet d'extraction minier de Conga, dans le département de Cajamarca, au nord du Pérou, a soulevé l'opposition des populations. Le consortium Yanacocha (composé de l'entreprise états-unienne Newmont Mining Corporation, de la péruvienne Minas Buenaventura, et d'une filiale de la Banque Mondiale), qui exploite la mine du même nom, première productrice latinoaméricaine d'or, souhaite étendre ses opérations.

Mettant en avant sa responsabilité sociale d'entreprise et sa préoccupation environnementale, l'entreprise propose de sauvegarder les ressources en eau des environs en drainant quatre lagunes pour alimenter autant de réservoirs artificiels. Les paysans locaux font remarquer que l'eau qui filtre des lagunes irrigue leurs champs, ce qui n'arriverait plus avec les réservoirs. Franchement. Comme si on leur avait demandé quelque chose, à ceux-là.

Mais ils s'entêtent et sont soutenus par le gouvernement régional de Cajamarca, qui remet en cause deux autres projets (encore à l'étude): Galeno, de l'entreprise chinoise Lumina Copper SAC, et Michiquillay, de la compagnie britannique Anglo American. Les trois projets sont chiffrés à respectivement 4.8 milliards de dollards,  2.5 milliards de dollars et 700 millions pour Michiquillay.

La mobilisation régionale a déjà entraîné des concessions de la part de Yanacocha qui renforcera ses mesures de responsabilité sociale, mais le gouvernement de Cajamarca - du parti de gauche Mouvement d'Affirmation Sociale, allié du président Humala - reste vigilant. Et le premier syndical du pays, la Confédération Générale des Travailleurs du Pérou, a demandé au chef de l'Etat d'écouter les autorités locales et de paralyser les travaux miniers.

Ollanta Humala est tiraillé entre son positionnement à gauche et ses engagements envers les populations, et les garanties qu'il doit donner pour rassurer les investisseurs étrangers. Il s'est engagé à respecter les accords d'exploitation signés pendant le mandat de son prédécesseur, et s'y tient pour l'instant. Mais il pourrait être fragilisé par les problèmes internes à son parti et son gouvernement.