Paraguay: les cinq chefs d'accusation qui ont mené à la destitution du président Lugo

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Le président Lugo, reconnu coupable d'avoir mal agi dans le cadre de ses fonctions de président ("mal desempeño en sus funciones"), a déclaré se soumettre à la décision du Congrès et être prêt à répondre de ses actes. Revenons sur les cinq accusations portées contre le président.

Le premier motif est également le plus récent: il s'agit du massacre de Curuguaty, ces affrontements entre policiers et paysans sans terre et qui ont fait 17 morts. Les paysans avaient envahi une partie de cette propriété de l'ex-sénateur colorado Blas Riquelme pour protester contre l'indisponibilité de terres agricoles, expose Expansion. La lutte pour la terre au Paraguay est généralement non violente. Rappelons que dans ce pays de 7 millions d'habitants, 2% de la population détient 80% des terres. Et qu'au cours de sa longue dictature (1954-1989), Alfredo Stroessner, soutenu par le Partido Colorado, a distribué une quantité de terres représentant plus de 17% de la surface du pays.

Pour le député Oscar Tuma, qui a énoncé les chefs d'accusation, les pertes humaines ont été causées par l'incompétence de Lugo, qui "a permis la violation du droit de propriété et la haine entre les classes sociales". Comprendre: il a encouragé les occupations illégales de terres et la lutte des classes. En outre, le massacre de Curuguaty aurait été prémédité (?) avec la complicité de Lugo, qui doit être jugé pénalement. Est reproché au président le fait de n'avoir pas destitué les responsables policiers (à part celui qui est mort, tout de même) de l'intervention.

Le deuxième motif est lié à l'inefficacité de la lutte anti-guérilla: l'Armée Populaire Paraguayenne (EPP) est toujours en mesure de combattre malgré les efforts policiers. Constitué en mars 2008, l'EPP comptait 15 membres à l'origine; les derniers chiffres s'établissent autour de 80. Plusieurs guérilleros ont été abattus ou arrêtés ces dernières années.

Le troisième motif est l'occupation de terres d'un parc national par des paysans dans la province de Ñacunday; le président est accusé d'avoir utilisé les forces armées de l'Etat pour générer un "état de panique".

Le quatrième motif est la tenue en 2009 d'un acte politique de jeunes dans une caserne militaire. Cet acte, dont on a supposé qu'il avait reçu l'aval du président, a généré une grande polémique au Paraguay. L'armée aurait été humiliée par la présence de drapeaux comportant des messages politiques (de gauche, bien sûr. On aperçoit meme le Che sur la photo).

Cinquième et dernier motif exposé: la signature par Lugo du protocole Ushuaia II, qui autorise les pays du Mercosur à bloquer les pays dans lesquels on observerait des menaces contre l'ordre démocratique. Pour les représentants du peuple, cette signature "constitue une atteinte à la souveraineté du Paraguay". Ils se sont d'ailleurs empressés de déclarer hier que le protocole n'avait pas été ratifié, qu'ils ne le reconnaissaient pas... Ils peuvent s'inquiéter, car celui-ci permet d'interrompre l'alimentation en énergie d'un pays (je me demande si les centrales hydroélectriques de Yacireta et Itaipu peuvent être concernées: elles sont binationales, et fournissent l'essentiel de l'électricité). En outre, les pays signataires peuvent fermer leurs frontières communes au pays mis en cause.

Lire aussi: Paraguay: le procès en destitution du président Lugo en direct

Sur cette quintuple accusation, sur laquelle les sénateurs ont voté en bloc, Lugo a été reconnu coupable. Son dossier devrait désormais être transmis à la justice ordinaire pour les actes délictueux qu'il aurait commis, conformément à la Constitution.