Nicaragua: quand l'accouchement d'une enfant devient un miracle politique

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La grossesse à risque d'une enfant de douze ans victime d'un viol vient de "bien" se terminer pour Daniel Ortega: la naissance du petit, par césarienne, est qualifié de "miracle" par Rosario Murillo, première dame et en charge de la réélection de son mari lors de la présidentielle d'après-demain. L'avortement y compris thérapeutique a été interdit en 2006 suite à un accord électoral entre Ortega et la droite conservatrice.

Jusqu'alors et depuis 1893, le Nicaragua autorisait des avortements dans des cas spécifiques: en cas de viol ou si la vie de la mère était en danger. Deux circonstances réunies ici, ajoutées à l'âge de la petite fille; mais une élection compte davantage, et en 2006 Ortega - pourtant ex-guérillero marxiste - avait cherché et obtenu l'appui des forces conservatrices et catholiques sur le dos, si l'on peut dire, des femmes enceintes.

Alors que les viols et les incestes sont très fréquents et ce dans tous les milieux sociaux, le Nicaragua a placé l'élection de Daniel Ortega le "droit à la vie" au-dessus de tout en rendant les avortements thérapeutiques passibles d'une peine de 4 à 8 ans de prison. Quelques pays seulement dans le monde sont sur cette ligne, dont deux en Amérique Latine: le Chili et le Salvador.

Rebelote en 2011: l'enfant, qui montrait des signes de prééclampsie et d'hypertension, a été accouchée par césarienne, et son image et celle de son enfant sont largement utilisées par le Front Sandiniste - dans le respect de sa vie privée, si si, je vous assure, ça a été dit. Du coup on ne connaît pas son nom, mais seulement la communauté indienne dont elle est issue - pendant que la première dame clame à qui veut l'entendre et aux autres aussi que c'est là "un miracle, un signe de Dieu". Que la petite ait survécu? Certes, mais enfin le gouvernement sandiniste n'y est pas pour grand-chose, au contraire. Je serais curieuse de savoir combien de temps tiendra la promesse de prendre en charge économiquement la jeune maman et son heureux bambin. Mais on n'en entendra probablement plus jamais parler après l'élection de ce dimanche.

Aucune importance: ce qui compte, c'est que Daniel Ortega puisse s'appuyer sur un miracle et sur un secteur qui pèse lourd, comme rappelle Murillo en soulignant avoir agi "en accord avec les croyances et coutumes de la culture majoritaire du Nicaragua". Ce qui, je présume, inclut aussi le viol.

(et oui, je suis encore en colère)