Mystérieuse épidémie de maladie rénale en Amérique Centrale

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Plusieurs milliers de travailleurs de la canne à sucre sont morts d'une insuffisance rénale en quelques années. Les origines de cette affection ne sont pas avérées, mais la situation prend des proportions de problème sanitaire dans les régions pacifiques du Nicaragua et du Costa Rica ainsi qu'au Salvador.

Alors que la culture de la canne à sucre est tirée par la demande des pays développés pour le biocarburant, les journaliers du secteur, payés à la tâche, sont de plus en plus souvent atteints d'insuffisance rénale chronique. L'OMS a recensé 2.800 décès dus à cette affection entre 2004 et 2009. Au Salvador et au Nicaragua, le nombre de victimes a été multiplié par cinq au cours des vingt dernières années; au Salvador c'est désormais la deuxième cause de décès chez les hommes. Au Guanacaste, dans le nord-ouest du Costa Rica, l'hôpital de Liberia a lancé un programme de dialyse à domicile pour désengorger ses services, qui faute de lits disponibles ne pouvaient plus accueillir de patients souffrant d'autres pathologies.

Dans les pays riches, cette maladie est généralement liée à l'hypertension et au diabète, mais pas en Amérique Centrale, où elle prend les proportions d'une épidémie. Les médecins cherchent à faire reconnaître la spécificité d'une néphropathie méso-américaine.

L'origine du mal semble poser problème: si La Nación se focalise sur le cas des travailleurs de la canne à sucre, BBC Mundo se fait l'écho du même problème chez les mineurs et les dockers nicaraguayens. Un des plus forts taux de prévalence, au Nicaragua, est ainsi observé dans un village de mineurs.

Le travail intensif à haute température et la déshydratation semblent être des facteurs aggravants. Payés à la quantité de canne coupée, les travailleurs s'arrêtent le moins possible, que ce soit pour se reposer ou pour boire. Des spécialistes évoquent l'hypothèse d'une toxine non identifiée, présente sur le lieu de travail, qui déclencherait la maladie. Le docteur Orantes, du Salvador, dénonce pour sa part l'usage de pesticides interdits aux Etats-Unis, en Europe et au Canada et utilisés sans protection par les travailleurs centraméricains.

Pendant que les scientifiques cherchent la cause de l'épidémie, certaines zones se transforment en mouroirs pour les hommes de 20 à 40 ans. Un cas emblématique est la communauté de La Isla, au Nicaragua, surnommée l'île aux Veuves. 25% des hommes du Bajo Lempa, une région agricole du Salvador, seraient atteints.

La ministre de la santé du Salvador en a appelé à l'aide de la communauté internationale, et le thème devient également politique au Nicaragua. Des voix s'élèvent pour souligner la responsabilité de la Banque Mondiale, qui a accordé en 2006 un prêt à la plus grande entreprise sucrière nica pour la construction d'une usine de production d'éthanol. Les travailleurs eux-mêmes dénoncent les conditions de travail, qui violent les standards sanitaires et environnementaux que la Banque Mondiale est censée prendre en compte dans l'attribution de fonds.