Los surcos del azar, un roman graphique pour la mémoire

Catégorie:

Avec Los surcos del azar, Paco Roca nous rapporte l'histoire méconnue de la Nueve, la première compagnie de l'armée française libre à entrer dans Paris, et surtout de ses hommes, pour beaucoup des républicains espagnols pour qui libérer l'Espagne du franquisme passe par libérer l'Europe du nazisme. 70 ans après les faits, ce roman graphique nous aide à réapprendre notre histoire.

Paco veut écrire sur un livre sur ce que sont devenus les républicains espagnols après l'exil. Il retrouve la trace de l'un d'eux, Miguel Ruiz, qui se révélera être l'un des héros de la Nueve, cette compagnie de la 2ème DB du général Leclerc, la première entrée dans Paris.

Miguel, d'abord réticent, se laisse apprivoiser petit à petit et déroule le fil de son histoire, que découvre également Albert, son voisin de toujours, et les enfants de celui-ci. 

Nous suivons Miguel depuis son départ d'Alicante sur le navire anglais Stanbrook, le seul à avoir réussi à entrer dans le port et surtout à avoir osé accoster face aux près de 15.000 soldats républicains, femmes, enfants attendant désespérément un sauvetage. La destination du Stanbrook est Oran, où les autorités vichyssoises hésitent à recevoir les réfugiés, finalement placés en camps de travail. Pour continer la lutte, Miguel s'enrôlera dans la Légion Etrangère, puis dans l'armée de Leclerc avec laquelle il quitte l'Algérie pour l'Angleterre. Il arrive en France quelques jours après le 6 juin, et la course s'engage entre l'armée française libre et l'armée américaine pour atteindre la capitale.

Sur ordre de Leclerc, la Nueve - qui au départ d'Afrique comptait 160 hommes dont 146 Espagnols - entrera dans Paris le 24 août au soir. Les Espagnols espèrent bien qu'après avoir libéré la France, les Alliés mettront fin au joug du franquisme. Ils comprendront rapidement que la liberté de l'Espagne n'est nullement un objectif, et certains monteront une offensive par le Val d'Aran. Mais Miguel n'en est plus: il abandonne la lutte à la mort de la camarada Estrella, sa compagne, rencontrée sur le bateau pour Oran.

Incapable de reprendre le fil de sa vie en Espagne, auprès de sa femme et de son fils né après son départ en exil, il décide de revenir en France où est enterrée Estrella.

Alternant entre vignettes en noir et blanc - pour aujourd'hui - et en couleurs - pour le récit de Miguel, ce roman graphique à la langue très accessible fait découvrir des épisodes ignorés du calvaire des exilés espagnols qui ont espéré que vaincre Hitler serait le premier pas pour renverser Franco. On se prend peu à peu d'affection pour Miguel, vieillard anonyme dont la vie est rythmée par les visites au cimetière et chez le médecin. Et on le quitte fiers de l'avoir connu, quand ce n'est qu'au travers de ses rencontres avec Paco Roca.

 

Paco Roca, Los surcos del azar, ed. Astiberri, 25€. Disponible au Point Langues (Faculté des Sciences Economiques de Rennes).