Longue conservation : les aliments irradiés arrivent dans les rayons argentins

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La révision du Code Alimentaire National permettra de traiter bon nombre d'aliments frais pour leur garantir une conservation plus longue à température ambiante.

Le rêve des distributeurs - et demain, des consommateurs ? Se rire de la chaîne du froid, conserver de la viande dans un placard pendant des mois, retrouver intacts des fruits et légumes mis de côté durant des semaines... Telle est la proposition de valeur de l'irradiation des aliments.

Les ministères de l'Agroindustrie (l'agriculture, c'est tellement XXè siècle) et de la Santé valident la modification du Code Alimentaire afin d'élargir la gamme des aliments susceptibles d'être traités au Cobalt 60. Ce n'était le cas jusqu'à présent que de quelques types de légumes rarement proposés à la vente, affirme Clarin sans se mouiller davantage. Désormais, viande, poisson, fruits de mer, fruit, légumes, tubercules, épices et j'en passe pourront bénéficier de ce procédé.

Que des avantages : on nous promet pêle-mêle la fin des contaminations par la salmonelle, le choléra (???), la listeria ou encore l'Escherichia coli, la conservation de l'aspect et de la saveur des aliments, une inocuité totale, l'inutilité des traitements chimiques des aliments, de la nourriture apte pour les immunodéprimés et la réduction du gaspillage alimentaire. Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ?

Et puis après tout, on traite bien les cancers aux rayons gamma depuis longtemps, donc c'est bon pour la santé, comme le chantait en son temps Marie Curie.

Côté consommateur, les aliments irradiés seront signalés par le logo Radura, qui a une bonne tête bien bio (c'est normal après tout, l'atome est tout ce qu'il y a de naturel), et la mention "traité par énergie ionisante" ; ça permet de s'y retrouver en faisant ses courses.

En bonne Française, j'ai quand même fait des bonds sur ma chaise à la lecture de l'article. Puis je suis allée m'informer davantage (Wikipédia est aussi l'ami des profs).

Et là j'ai appris une tonne (irradiée) de choses passionnantes. La pratique est légale aux Etats-Unis, validée par la puissante FDA et le Ministère de l'Agriculture, ce qui n'a rien d'étonnant pour qui a connu le poulet à la Javel locale histoire de garantir son absence de germes (vous avez fini de manger, au fait ?).

En Europe, on est plus réservé (ah ! Qui dira la pusillanimité du Vieux Continent ?) ; seuls quelques pays acceptent le procédé. Pas de ça chez nous, pensais-je, en France nous sommes droits dans nos bottes et comme chacun sait le nuage de Tchernobyl a été arrêté par la ligne Maginot (oui, bon, la frontière. Vous chipotez.)

Eh bien pas du tout. Mais chez nous c'est différent (normal). D'abord on ne dit pas irradiation des aliments, c'est laid. Orgueil national et crainte de l'atome obligent, je présume, on parle d'un procédé de "pasteurisation à froid", ou, poussés dans nos retranchements, de "l'ionisation des aliments".

Sont potentiellement concernés : oignon, échalote (traitement anti-germinatif), farine de riz, fruits et légumes secs, viande de volaille, épices et aromates, crevettes décortiquées congelées et je vous laisse aller voir le reste vous-mêmes sur Wikipédia. Pour les fraises et le camembert au lait cru, ça s'est fait mais l'autorisation a été abrogée.

Et nous n'utilisons pas le logo international Radura, mais la mention "traité par rayonnements ionisants" ou "traité par ionisation".

A un détail près (on est très forts pour les détails) : comme ces aliments entrent eux-mêmes dans la composition d'autres aliments, on ne voit "quasiment jamais" (dit Wikipédia) ledit étiquetage. Pour ma part, je suis sûre de ne l'avoir jamais vu ; pensez, je me souviens de la mention "0% de lipides" sur les emballages des Chupa Chups il y a plus de 30 ans, c'est dire que je n'aurais pas oublié des aliments ionisés, c'est si poétique.

J'ai donc le plaisir de vous annoncer que vos lasagnes de boeuf au cheval étaient potentiellement aussi à l'atome. Est-ce dangereux ? Nous serons probablement morts avant que cela se sache, et puis ça fait tellement plaisir à l'industrie.

Alors, hein. Si ça crée des emplois.