L'ex général Noriega repart en guerre

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L'ex général et dictateur panaméen Manuel Noriega, 80 ans, actuellement emprisonné dans son pays pour homicide, disparitions et violations des droits de l'homme, va porter plainte contre Activision, l'éditeur du jeu vidéo Call of Duty. L'octogénaire reproche à l'entreprise d'avoir indûment utilisé son image dans l'opus 2 du jeu vidéo: Black Ops II, sorti en 2012.

Source: http://es.callofduty.wikia.com/wiki/Archivo:Noriega_radio_BOII.pngNoriega attaque Activision pour appropiation indue de son image dans le but d'obtenir un bénéfice économique. Une opération plutôt réussie, puisqu'à sa sortie en 2012, Black Ops II a fait la plus fracassante des entrées sur le marché du jeu vidéo avec 500 millions de dollars de recettes en 24 heures.

Dans ce jeu, l'un des personnages est un certain politicien et militaire panaméen, Manuel Antonio Noriega. Il aide la CIA à arrêter un méchant nicaraguayen avant de trahir la Compagnie et de devenir l'homme à abattre. La défense de Noriega (l'autre) affirme qu'il apparaît comme un "kidnappeur, assassin et ennemi de l'Etat", responsable de "nombreux crimes fictifs".

Alors que dans la vraie vie, pas du tout. Homme du main du président Omar Torrijos, mort en 1981 dans un accident d'avion, Noriega "Cara de Piña" devient officiellement le numéro 1 de l'armée panaméenne en 1983. Mais il n'a pas attendu cette date pour mettre en application les méthodes apprises à l'US Army School of the Americas, histoire de se défaire de ses opposants. Pendant six ans, il tient le pays en garantissant aux Etats-Unis la sécurité de leurs intérêts, notamment liés au canal. Appointé par la CIA, il s'attire les foudres de la DEA en protégeant et favorisant le trafic de cocaïne pour le compte du cartel de Medellin. En 1989, l'ami des Etats-Unis devient vraiment trop encombrant. Son homme de paille ayant perdu l'élection présidentielle, celle-ci est annulée pour cause de fraude, après quoi Noriega réprimera durement une tentative de coup d'Etat contre lui, puis déclarera l'état de guerre contre les Etats-Unis. Avec raison: le 20 décembre, l'armée américaine lance l'opération Juste Cause pour ramener la démocratie dans le pays et veiller aux intérêts nationaux. Condamné pour diverses causes, Noriega purge des peines de prison aux Etats-Unis puis en France (pour blanchiment d'argent lié au narcotrafic) avant d'être extradé en 2011 au Panama où il est toujours incarcéré.

Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire du Panama sous Noriega, je re-re-conseille Les aigles noirs, roman du journaliste Larry Collins, fondé sur beaucoup de faits réels.

Mais revenons à Black Ops II. Toujours selon la défense de Noriega, l'utilisation du personnage fictif et très méchant a renforcé le réalisme du jeu (non, moi non plus je ne vois pas la logique) et contribué à augmenter ses ventes. Et donc, il demande des dommages et intérêts. La question qui me trotte dans la tête est: pourquoi maintenant? Le jeu est tout de même sorti en novembre 2012, on ne me fera pas croire que les avocats aient mis près de 20 mois à monter le dossier?

Quoi qu'il en soit, d'après un avocat spécialisé en "entertainment" que BBC Mundo est allé chercher pour l'occasion, la plainte déposée par Noriega ne devrait pas aboutir. Parce qu'il s'est rendu coupable d'un certain nombre de crimes de tout ordre, et que son personnage ne lui fait pas injure? Pas du tout: parce qu'il n'est pas citoyen étasunien et qu'il ne réside pas non plus sur le sol des Etats-Unis. De ce fait, il ne bénéficie pas du "droit à la publicité" prévu dans la législation de ce pays, et la base légale de sa plainte est douteuse, expose Jas Purewal.

Intéressant, non?

Et sinon, rappelez-vous: dans Black Ops (le premier du nom), il fallait aller tuer Fidel Castro!

source image: http://es.callofduty.wikia.com/wiki/Archivo:Noriega_radio_BOII.png