L'Espagne se prémunit contre les manifestations

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Le gouvernement du Parti Populaire devra faire passer de nombreuses mesures impopulaires pour satisfaire aux exigences de l'Eurogroupe et des marchés financiers, mais n'est pas disposé à supporter les probables manifestations de la population. Après la mobilisation des Indignés, les violences de Valence et les manifestations du 29 mars, jour de grève générale, la législation sera revue.

Le ministre de l'Intérieur, Jorge Fernández Díaz, a été on ne peut plus clair: il faut endiguer de toute urgence la "spirale de violence" enclenchée par des "collectifs antisystème" qui utilisent des "techniques de guérilla urbaine". Braves gens, vous avez peur des dangereux manifestants? Non? Ça va s'arranger: ce seront prochainement de dangereux délinquants.

Car le Code Pénal sera revu en profondeur, de même que le Code de Procédure Civile et la Loi Organique de Protection de la Sécurité des citoyens. Il faut lutter contre les débordements et la violence dans les rues: justement le Pays Basque a une longue pratique de la violence des rues, la kale borroka, mais dans un contexte un tantinet différent: c'était l'oeuvre de jeunes nationalistes en soutien à l'ETA. Pas franchement la même chose, donc. Si? Si: le Parti Populaire de Barcelone voudrait bien qu'on lui applique les mêmes peines: deux ans de prison minimum. Dégrader des équipements urbains, c'est du terrorisme. Ah. Mais ça ne concerne tout de même qu'une minorité de manifestants, ça.

Il faut donc trouver autre chose pour décourager les autres, et le ministre ne manque pas d'idées. En vrac:

  • convoquer à une manifestation violente (ou qui viendrait à dégénérer, ou encore qui ne se dissoudrait pas à la demande de la police) notamment via les réseaux sociaux: délit d'appartenance à une organisation criminelle.
  • faire de la résistance active ou passive "grave" (refuser de circuler, s'asseoir par terre, comme l'ont fait les étudiants de Valence devant le commissariat; occuper des places, comme le mouvement des Indignés): attentat contre l'autorité
  • pénétrer dans des établissements publics ou empêcher leur accès (occuper une fac, faire un piquet de grève): délit de désordre public
  • menacer des policiers, lancer des objets dangereux (légalement, qu'est-ce qu'un objet dangereux?): équivaudront à l'avenir à une attaque violente contre un policier

Enfin, si les conduites violentes se produisent au cours de rassemblements ou de manifestations, ce sera là un facteur aggravant.

Avec ça, les vaches seront bien gardées, les étudiants étudieront, les chômeurs chômeront, les mécontents seront mécontents mais au moins il ne le seront pas dans la rue, à l'exception bien sûr de ceux qui ont été expulsés de leur logement.

Le gouvernement envisage l'approbation de ces réformes avant l'été par le Conseil des Ministres pour un débat au Parlement cet automne.

En espagnol: prévisions de réforme du Code Pénal et autres réformes en débat