Les créanciers de l'Argentine font saisir un bateau

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Suite à la crise économique de 2001, l'Argentine était entrée en défaut de paiement avant de renégocier sa dette avec ses créanciers. Tous n'avaient pas accepté cette décote, et certains d'entre eux viennent d'obtenir la saisie du bateau-école Libertad dans un port ghanéen.

Sale coup pour la fanfare. L'Argentine, qui voilà dix ans a été le protagoniste du plus gros default de l'histoire, est traînée en justice par des détenteurs - 7% du total - qui n'ont pas accepté la renégociation de la dette en leur défaveur - ou qui ont acheté à bas prix les titres qu'ils veulent se faire rembourser au prix fort. Via des tribunaux, particulièrement aux Etats-Unis, lesdits créanciers tentent de faire geler les avoirs des entreprises publiques et des agences gouvernementales argentines à l'étranger.

NML Capital Ltd, une unité du fonds d'investissement Elliott Management, a ainsi obtenu de la Cour Supérieure ghanéenne la saisie d'un bateau-école de la Marine Argentine, la frégate ARA Libertad, qui relâchait dans le port de Tema dans le cadre du voyage de fin d'études de soixante-neuf élèves mariniers. Cette immobilisation s'est faite en vertu de l'arrêt d'une cour de New York en faveur des fonds d'investissements plaignants. En outre, selon l'ordre de la cour du Ghana, l'équipage doit se rendre aux autorités portuaires de Tema.

Le ministère des Affaires Etrangères argentin s'emploie à démontrer que cette initiative de "financiers sans scrupules" est contraire à la Convention de Vienne car elle violerait l'immunité diplomatique. Il me manque des éléments pour comprendre l'argument; la frégate n'a pas l'aspect d'une valise diplomatique et la marine nationale n'est pas personnel diplomatique. Mais si les respondables politiques argentins dénoncent à qui mieux-mieux le comportement des "fonds vautours", il est probable que la frégate ne pourra pas reprendre la mer sans le paiement d'une caution. Or l'Argentine a très peu de fonds - particulièrement en dollars - pour faire face à une telle contrainte.

Le journal Clarín, en conflit de longue date avec la présidente Cristina Fernández de Kirchner, souligne combien cet épisode met en évidence le "mécontentement international" face au comportement de l'Argentine, à laquelle les Etats-Unis reprochent le non-respect de ses obligations internationales - comprendre: le non-paiement de sa dette.

Photo: Martin Otero pour Wikimedia Commons, Licence CC.