Les étudiants chiliens organisent un référendum populaire

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Alors que le bras de fer entre les étudiants chiliens et le gouvernement dure depuis des mois, les protestataires ont organisé les 7 et 8 octobre dernier un référendum populaire sur la question de l'éducation. Un million deux cent cinquante mille Chiliens - sur les 17 que compte le pays - y ont participé, la plupart pour dire leur appui au mouvement estudiantin.

La Confédération des Etudiants du Chili (Confech) et le Collège des Professeurs ont organisé en fin de semaine dernière un référendum populaire sur l'éducation. Bien sûr, il n'a pas de valeur juridique, mais il contribue à renforcer les revendications que rejette toujours le président Piñera.

Quatre questions étaient posées à la population àgée de 14 ans et plus et ayant une pièce d'identité, et qui pouvait voter dans des bureaux ou par internet.

Les deux premières interrogations portaient sur le caractère payant de l'éducation - au Chili, où ce service a été amplement privatisé sous la dictature du général Pinochet, 40% seulement des écoliers bénéficient d'une éducation gratuite, et les frais d'inscription dans les universités sont extrêmement élevés. Les étudiants doivent fréquemment s'endetter sur plusieurs années pour pouvoir assumer le paiement de leur inscription universitaire. "Etes-vous d'accord pour avoir une éducation gratuite et de qualité à tous les niveaux [d'enseignement], garantie par l'Etat?" ont donc demandé les organisateurs, Jusque là, il est assez logique que la réponse soit positive. "Etes-vous d'accord pour interdire la réalisation de profits avec des fonds publics à tous les niveaux de l'éducation chilienne?" ont-ils également voulu savoir, dans l'optique de recentrer les missions des centres éducatifs sur la formation plutôt que sur le bénéfice économique.

La troisième question est en lien avec la qualité de l'éducation. Les écoles et les lycées relèvent de la compétence des municipalités et le niveau est extrêmement variable des uns aux autres, d'où la question "Etes-vous d'accord pour que les écoles et les lycées soient "démunicipalisés" pour dépendre à nouveau du Ministère de l'Education de façon décentralisée, participative et autonome?"

En dernier lieu, les mouvements étudiants élargissent leurs revendications à une démocratie qui laisse plus de place à l'initiative populaire, en proposant que des référendums de ce type puissent et doivent être reconnus par l'action gouvernementale: "Etes-vous d'accord avec la nécessité de créer un plébiscite à caractère contraignant, convoqués par les citoyens, pour résoudre les problèmes fondamentaux de caractère national?"

Alors que le dépouillement n'est pas totalement terminé, les 4 questions ont reçu plus de 90% de réponses favorables. "Ce n'est qu'une revendication corporatiste", se défend le porte-parole du gouvernement, qui a réussi à éviter le "seuls 6 Chiliens sur 100", type de réponse que l'on a pu entendre lors d'autres consultations populaires le week-end dernier.

Les étudiants appellent à présent à une grève générale les 18 et 19 octobre prochains, alors que le président Piñera fait modifier le Code pénal chilien pour que l'occupation de bâtiments scolaires et universitaires soit désormais un délit puni de prison.