Le vice-président du Guatemala est mécontent

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Le vice-président du Guatemala a fait savoir hier combien il était mécontent de la presse nationale qui ne raconte rien de positif, particulièrement  au sujet de la politique du gouvernement, d'une part, et sa famille, de l'autre.

Je sais: il se passe beaucoup de choses plus importantes aujourd'hui. Par exemple, la seconde tentative d'investiture en Espagne (spoiler: ça va rater), la fin du jugement politique contre Dilma Rousseff (c'est tombé il y a quelques dizaines de minutes: elle est destituée), les tensions au Venezuela autour de la manifestation de l'opposition prévue demain. Mais toutes ces informations-là, vous les trouverez dans les médias français, pour peu que vous y prêtiez attention.

Alors que les déclarations d'un vice-président guatémaltèque, hein, d'abord c'est où le Guatemala.

Or donc, Jafeth Cabrera, vice-président de ce petit pays d'Amérique Centrale frontalier avec le Mexique, et ticket du président Jimmy Morales, comique télé titulaire d'un diplôme de théologie, comme quoi ça mène à tout, dont les valeurs fondamentales sont Dieu, la famille et l'honneur - moi non plus je ne vois pas où c'est drôle, ça me ferait même plutôt peur, mettons ça sur le compte des différences interculturelles et revenons à Cabrera - Jafeth Cabrera, donc, est mécontent.

Il a profité de la tribune que lui offrait l'inauguration d'une station d'épuration pour le dire (en termes de symbole, j'aime bien, son responsable de comm' devait être comique, lui aussi): les médias ne font rien qu'à critiquer l'action gouvernementale (ah, vous aussi vous aviez remarqué que ce n'est pas une spécificité guatémaltèque?) alors que franchement, depuis leur prise de fonctions en janvier, les responsables politiques n'arrêtent pas de faire des choses positives pour le pays, comme par exemple financer la réparation de la station d'épuration du chapitre précédent, en panne depuis 5 ans. Je ne nie pas que ce soit important, mais vu les écuries d'Augias à nettoyer, je comprends que la population s'attende à d'autres priorités. Bref.

En parlant d'autres priorités, les médias ont désagréablement souligné ce qu'ils voient comme une légère tendance au népotisme chez le vice-président. Par exemple, le fait que le nouvel ambassadeur en Suède soit l'époux de la fille aînée de Cabrera, ça les défrise un peu. Et que son homologue en Espagne soit le beau-père de sa fille cadette (vous suivez?), ça les défrise beaucoup.

Mais Jafeth Cabrera a tout bien expliqué, et franchement, si vous avez quelque chose à répondre à ça, c'est que vous n'avez pas de coeur.

"J'ai tellement de famille que je ne peux la laisser sans pain quotidien", a-t-il répondu, avec aplomb et une belle référence biblique en prime. Et d'expliquer que de nombreux Cabrera travaillaient pour l'administration avant son élection et que "ce n'est pas parce que je suis vice-président que je vais les retirer [faire démissionner]", et toc.

Le vice-président a d'autres lectures culturelles, comme le dictionnaire de la Real Academia Española, ce qui lui permet d'expliquer que le népotisme, c'est quand un élu nomme un membre de sa famille, pas quand un Cabrera travaille pour le gouvernement. En même temps, s'il faut inclure nommément dans l'article du dictionnaire tous les politiques à tendance népotiste, ça va tourner au Who's who.

Ca n'a pas empêché un représentant de l'opposition de trouver que les proches qui travaillent dans l'administration, s'ils le faisaient déjà avant, rien à dire, mais que dans le cas des deux diplomates, si, un peu, quand même, et que ça ressemblait fort à la vieille politique dénoncée en son temps par le candidat Jimmy Morales, désormais ci-devant président.

Lequel président a nommé quatre membres de sa famille au Secrétariat aux Oeuvres Sociales de l'Epouse du Président (on ne rigole pas. Si? Si, ok) et au Registre de la Propriété. Sûrement parce que la famille, c'est important de bien la nourrir.