Le Costa Rica construit une route parallèle au fleuve San Juan

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Un an après l'invasion par le Nicaragua d'un territoire considéré comme leur par les Ticos, le conflit n'est pas résolu. Constatant que les objections diplomatiques élevées n'impressionnent en rien les Nicas, et appliquant la maxime "prudence est mère de sûreté", les Costaricains ont décidé de construire une route parallèle au fleuve, sur lequel ils sont pourtant en droit de naviguer, selon le traité binational de gestion du fleuve.

Un fleuve navigable, c'est bien pratique. Cela permet le transport de voyageurs et de biens divers, ça ne s'effondre pas en cas de pluies torrentielles, ça reste même à peu près au même endroit s'il y a un séisme. Et ça ne revient pas trop cher d'entretien.

Pourtant, les Ticos se sont résolus à construire une route parallèle au San Juan, pour se garantir d'éventuelles velléités souverainistes de leurs voisins du nord. La nouvelle route, de 120 km de long, commencera à Los Chiles, presque au bord du lac Nicaragua, à l'ouest, pour s'étendre jusqu'à Delta Costa Rica, à l'est: là où le delta du fleuve San Juan commence, et avec lui le territoire objet du conflit. Mine de rien, c'est presque toute la frontière qui se verra dotée d'une route. Celle-ci desservira des villages qui ne communiquent que par le fleuve. Au prix où sont les courges, il s'agira d'une route de terre, qui coûtera tout de même sept milliards de colons - environ 14 millions de dollars - avec ses 14 mètres de large et son système d'évacuation de l'eau. Elle doit supporter le passage de camions à double essieu, en saison sèche comme en saison des pluies.

Les travaux ont débuté à plusieurs endroits, par tronçons d'une dizaine de kilomètres, sous les yeux ébahis des locaux; les travaux doivent être achevés l'an prochain. De fait, ils avaient été annoncés en décembre 2010 dans le cadre d'un programme visant à améliorer la sécurité et les conditions de vie des populations proches de l'île Calero, territoire revendiqué par les Ticos et par les Nicas, dont l'invasion a comporté des épisodes aussi cocasses que les appels à Google comme garant des frontières.

Carte: Google + élaboration personnelle. Le tracé bleu indique la partie de la frontière qui suit le fleuve. A l'est, le tracé revendiqué par les Costaricains est en violet, celui des Nicaraguayens en rose. Entre les deux, la Isla Calero.