L'Argentine protège ses terres

Catégorie:

Puissance agricole, l'Argentine cherche à se protéger de l'accaparemment des terres par des personnes physiques ou morales étrangères. Une loi adoptée cette semaine limite à 15% la superficie des terres rurales qui pourra être entre des mains étrangères.

Cristina Kirchner a officiellement lancé la question au cours du mois d'avril: elle souhaite imposer une limite maximale à la possession de terres rurales par des étrangers. C'est finalement le Congrès argentin issu des récentes élections qui, en session extraordinaire avant Noël, a adopté vendredi matin 16 décembre la loi sur les terres. Désormais, les étrangers ne pourront pas posséder plus de 15% de la surface rurale du pays - au niveau national, régional et local -, ne pourront pas détenir plus de 1.000 hectares par personne, et enfin les représentants d'un même pays ne pourront à eux tous disposer de plus de 30% des terres en propriété étrangère.

Si l'Argentine rejoint ainsi le club des pays qui protègent leurs terres de l'accaparemment étranger, comme le Brésil, les Etats-Unis, le Canada et (je l'ignorais) la France, la loi devra être accompagnée de mesures pour n'être pas uniquement symbolique, un "salut au drapeau", comme le dénonce Clarin.

En effet, il n'existe pas de cadastre national recensant les possessions globales: nul ne sait quel pourcentage de terres est déjà dans des mains étrangères. 3.8% dans les zones productives et 5% dans les cordillères, estiment des experts de la FAO. Près de 10%, selon un chiffre extrait d'un rapport de la même entité et couramment évoqué. Mais au fond, personne n'a l'air très sûr de rien.

D'autre part, la loi ne sera pas rétroactive. Cela paraît évident; mais tous les Benetton - considérés les premiers propriétaires du pays avec 900.000 hectares -, Tompkins et autres Florent Pagny pourront conserver leurs immenses propriétés, bien au-delà de la limite des 1.000 hectares, y compris leurs réserves en eau - une ressource sur laquelle on anticipe une augmentation des pressions.

Des députés d'opposition dénoncent d'ailleurs l'incongruité d'une limite chiffrée - 1.000 hectares -, soulignant que d'une province à l'autre de l'Argentine la situation diffère sensiblement, en termes d'investissements nécessaires et de productivité.

En outre, il sera toujours possible pour les citoyens ou entités étrangères d'acquérir des terres dans le cadre d'une association avec des nationaux, tant que ceux-ci restent majoritaires.

Surtout, souligne l'opposition, cette loi ne résoudra pas le problème de l'accaparemment "interne", par les grands propriétaires argentins, non plus que l'augmentation des surfaces dédiées au soja (64% de la surface cultivable en 2010) ni l'expulsion de communautés indiennes de leurs terres ancestrales.

La haute rentabilité des cultures argentines attire de nombreux investisseurs étrangers: un fond qatari cherche à acquérir des terres dans la pampa humide - la meilleure région agricole -, l'Arabie Saoudite négociait récemment 221.000 hectares dans le Chaco, et la Chine reprend l'offensive pour acheter 300.000 hectares à Rio Negro. Des projets qui, désormais, ne devraient plus aboutir.