L'amende, nouvelle arme politique contre les médias

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La Comission Nationale des Télécommunications du Vénézuela, qui joue le rôle du CSA français, vient d'imposer à la chaîne privée Globovisión une amende qui pourrait signifier la faillite pour ce média. Il y a quelques mois, la justice équatorienne avait condamné à la même peine un journal qui avait attaqué le président Rafael Correa.

Deux millions de dollars: voilà l'amende que devrait payer Globovisión pour sa couverture médiatique de la mutinerie dans la plus grande prison du pays, El Rodeo, au cours du mois de juin. La crise avait duré plusieurs semaines: le président Chávez était alors à Cuba pour soigner son cancer et les autorités avaient tardé à reprendre le contrôle de l'établissement pénitentiaire.

Mardi 18 octobre, la Conatel a jugé inappropriés les reportages réalisés par Globovisión. Elle reproche au canal privé, très critique envers Chávez, des fautes d'apologie du délit, d'incitation à la méconnaissance des règles juridiques, d'altération de l'ordre public - et le plus grave: d'avoir suscité la haine et l'intolérance pour raisons politiques.

Alors que le président Chávez s'emploie depuis plusieurs années à mettre au pas les médias jugés d'opposition, cette amende exorbitante pourrait finalement avoir raison de la dernière chaîne télévisée privée d'informations, qui n'a que quelques jours pour la payer, sans quoi elle encourra des sanctions supplémentaires. En novembre 2010, le président de Globovisión avait fui aux Etats-Unis où il avait demandé l'asile politique.

Autre pays, problème similaire: en Equateur, un éditorialiste du journal El Universo a violemment attaqué le président Correa sur son comportement lors de la mutinerie policière du 30 septembre 2010, le traitant de dictateur et l'accusant d'avoir sciemment mis en danger la vie de civils en ordonnant une intervention militaire pour le libérer des policiers qui l'avaient pris en otage. Rafael Correa avait alors porté plainte contre le journaliste, celui-ci, et son journal avec lui, étant finalement condamné à verser au président une indemnisation de 40 millions de dollars. En outre, Emilio Palacio, l'éditorialiste, ainsi que trois directeurs du journal, sont condamnés à une peine de prison de 3 ans. La survie du journal est évidemment menacée, mais le président Correa en fait une question de principe. [Voir l'article de Myriam Nambila dans Latinioo]

Dans les deux cas, le message politique est clair et les autres médias opteront peut-être à l'avenir pour une prudente autocensure...

NEW! El País publie un article plus complet sur un thème proche: L'usage de la justice est la nouvelle menace contre la liberté de la presse en Amérique Latine (30/10/2011, en espagnol)