L'agressive réforme du travail espagnole

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Alors que la moitié de l'Espagne a les yeux tournés vers les Guignols de l'info français et bout de rage, le gouvernement Rajoy (qui se joint au concert des défenseurs des sportifs espagnols) a approuvé par décret-loi une réforme du travail depuis longtemps demandée par les institutions financières internationales et l'UE. Dans ce qu'il croyait être un aparté, le ministre de l'Economie Luis de Guindos l'a qualifiée "d'extrêmement agressive".

La précédente réforme du travail, menée par le gouvernement Zapatero en 2010, n'était plus appropriée face à un chômage qui touche désormais 5.3 millions de personnes, 22.85% de la population active. Rajoy a déployé les grands moyens. El Mundo, qu'on ne peut accuser de défiance à l'égard du nouvel exécutif, publie les clés de la réforme.

Tout d'abord, l'indemnisation en cas de licenciement est ramenée de 45 à 33 jours par année travaillée; la durée d'indemnisation, jusqu'à présent de 42 mois, passe à 24.

Mais le gouvernement espagnol entend surtout booster le licenciement économique, actuellement le moins utilisé dans le pays. Si le calcul de la prime ne change pas - 20 jours par année travaillée, avec un maximum d'un an de salaire - les conditions pour y recourir seront élargies. Applicable lorsque l'entreprise enregistre des pertes, cette modalité est étendue aux cas où le chiffre d'affaires ou les ventes enregistrent trois trimestres consécutifs de baisse.

Rajoy supprime également l'autorisation administrative préalable à la mise en place d'un plan de licenciement. Avec cette contrainte disparaît également celle de la négociation avec les syndicats, laquelle débouchait (trop?) souvent sur des indemnisations complémentaires.

Pour faciliter la vie économique des entreprises, les accords internes l'emporteront désormais sur les accords de branche; les CDD pourront être enchaînés par le même salarié au-delà des 24 mois actuellement permis. De fait, jusqu'au 1er janvier 2013, il n'y a plus de limite maximale.

Des licenciements plus simples et moins coûteux censés lever les freins à l'embauche, mais également des mesures en direction du recrutement des deux catégories les plus touchées: les jeunes et les chômeurs de longue durée de plus de 45 ans. Les PME de moins de cinquante salariés recrutant un jeune de moins de 30 ans en CDI bénéficieront d'une déduction fiscale de 3.000€ par an. Une autre bonification, de 3.600€ celle-là, sera accordée aux PME recrutant en CDI pour une durée d'au moins 3 ans (vous aussi ça vous a surpris? Une bien belle oxymore, le gouvernement est poète) un jeune de 16 à 30 ans ou un chômeur de longue durée de plus de 45.

Voilà pour l'essentiel. Ce décret entre en vigueur dès sa publication au Bulletin Officiel, c'est-à-dire aujourd'hui. Il sera ultérieurement approuvé par le Parlement, ce qui ne sera qu'une formalité de toute façon, car le Parti Populaire y a la majorité absolue. Il pourrait cependant rechercher des alliances pour ne pas devoir assumer seul le coût politique de sa décision, dont Rajoy confiait aux premiers ministres finlandais et hollandais et, croyait-il aussi, hors micro, qu'elle allait lui valoir une grève.