La réforme espagnole du travail, un an après

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Il y a un an, le Parti Populaire édictait une réforme du travail destinée à développer la flexisécurité, notamment en baissant le coût du licenciement, et contribuer à la reprise économique. Le bilan en termes d'emploi est dévastateur; cependant certains experts considèrent que la situation aurait été pire sans la réforme. Pour Morgan Stanley, les perspectives macroéconomiques du pays sont bonnes.

El País liste l'évolution des indicateurs depuis un an: le chômage a crû de 13,2%, 850.000 emplois ont été détruits, le licenciement économique (indemnisé à raison de 20 jours par année travaillée) a bondi de 49%, les plans sociaux ont augmenté de 66%. En outre, les salaires réels ont baissé pour tous les travailleurs, dans le meilleur des cas par le gel, mais souvent aussi par le recours au temps partiel ou simplement à la baisse de salaire de 10% que la réforme permet aux patrons d'appliquer sans négociation.

Pour les économistes interrogés par le journal, la réforme ne pouvait pas avoir d'effet positif à court terme, notamment parce que nombre d'entreprises l'attendaient pour licencier moins cher. Mais, assurent-ils,  dès que la reprise économique se profilera, les entrepreneurs auront les moyens d'en profiter. Beaucoup d'analystes soulignent cependant que la réforme du travail a échoué à unifier le contrat de travail, et que le marché reste divisé entre un CDI bien protégé et des CDD extrêmement précaires.

Les experts interrogés par Expansión remarquent pour leur part l'amélioration de la productivité et de la compétitivité espagnoles: les entreprises ont pu se débarrasser des travailleurs improductifs et la déflation interne favorise les exportations. Après le FMI, c'est Morgan Stanley qui décerne à l'Espagne un satisfecit en forme de comparaison: l'Espagne sera la prochaine Allemagne de l'Europe - d'ici 3 à 5 ans. En effet, la récession et la réforme du travail ont fait baisser les coûts unitaires de production. Et alors que l'Allemagne connaîtra une hausse des salaires, le maintien du chômage à un taux élevé dans les prochaines années permettra de bloquer les aspirations à des augmentations salariales chez le voisin ibère.

Preuve que le pays redevient compétitif, pour les économistes de Morgan Stanley: l'industrie automobile est en train d'y revenir. Ford, qui a fermé deux usines au Royaume-Uni et une en Belgique, augmente sa production à Valence. Renault, qui abandonne son site historique d'Aulnay, embauchera à Palencia et Valladolid. Nissan recrutera et investira à Barcelone, après avoir passé avec les syndicats un accord de modération salariale. 

Bref, l'Espagne revient à son avantage traditionnel: la main d'oeuvre bon marché, et tous les analystes financiers s'en félicitent. Parallèlement, le Congrès a approuvé hier jeudi la reconduction automatique du Plan Prepara - un programme d'aide de 400€ mensuels aux chômeurs en fin de droits - tant que le taux de chômage restera au-dessus de la barre des 20%. Il y a en Espagne deux millions de foyers dont tous les membres sont sans emploi et sans ressources.