Guerre pour la terre au Honduras

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Dans le nord du pays, 40.000 familles cherchent à récupérer les terres qui leur ont été attribuées lors de la réforme agraire des années 70-80. Les grands propriétaires terriens ne sont pas prêts à se laisser faire. Dernier bilan: 11 morts la semaine dernière.

Au nord du Honduras, dans la province de Colón, on trouve la vallée de l'Aguán. Ce fleuve est l'un des plus puissants du pays et les terres qui l'entourent sont les plus fertiles. Le modèle de propriété de la terre y est un problème. La réforme agraire menée à partir de 1962, amplifiée en 1974 et jusque dans les années 80 a permis l'attribution de parcelles à des familles de paysans sans terres, mais la Loi de Modernisation Agraire de 1992 promeut au contraire la concentration et une productivité plus importante. De grandes familles la mettent à profit pour agrandir leurs possessions, en rachetant à bas prix les terres pourtant inaliénables des petits paysans et des coopératives.

Dans la vallée de l'Aguán (voir vidéo de promotion), les paysans sans terre montent régulièrement à l'assaut des latifundios pour en occuper et en exploiter des terres. On a recensé près de 50 morts en 2010, car si les paysans attaquent à la machette et au AK-47, les gardes privés ne sont pas moins bien équipés. La semaine dernière, une nouvelle tentative a provoqué trois jours d'affrontements et s'est soldée par la mort de 11 personnes. Le gouvernement a annoncé l'envoi de troupes militaires: 600 hommes qui viendront s'ajouter aux 400 déjà déployés sur le terrain. Mais l'opération ayant un coût élevé, sans doute ne resteront-ils pas plus de quelques semaines, comme cela a déjà été le cas deux fois l'an dernier.

Pour faire baisser la pression, l'actuel président Porfirio Lobo a proposé il y a quelque temps le rachat de 11.000 hectares à trois propriétaires terriens, et la vente de ces parcelles aux paysans sans terre avec un crédit sans intérêt de 20 ans. Mais l'opération reste au point mort: les grands propriétaires sont en désaccord avec le prix de rachat proposé.

De ces hommes, le plus connu est sans conteste Miguel Facussé (portrait établi par RSF; portrait établi par le collectif de Zacate Grande), brillant homme d'affaires centre-américain, grand producteur d'huile de palme. Oncle de l'ancien président Carlos Flores Facussé (1998-2002), membre éminent de l'oligarchie, il est l'illustration du latifundiste qui n'hésite pas à recourir à l'intimidation et à la force pour arriver à ses fins. Il a soutenu le coup d'Etat contre le président Manuel Zelaya, qui avait décrété un moratoire sur la loi de 1992.

Depuis le coup d'Etat, en juin 2009, on ne compte plus les morts violentes de syndicalistes, leaders paysans et journalistes. Le taux de résolution des enquêtes est très faible.