Ghana: L'ARA Libertad fait de la résistance

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Le 2 octobre dernier, une cour de justice ghanéenne ordonnait la saisie d'un voilier école de la Marine argentine comme paiement d'une créance du pays (relire l'épisode précédent). Mais les autorités portuaires sont bien embêtées, car telle une sardine marseillaise, la frégate argentine bouche un peu le port de Tema. Manque à gagner: cinq cents mille dollars par jour.

Au cours des cinq semaines qui viennent de s'écouler, l'Argentine a fini par accepter le rapatriement de l'équipage. De mauvaise grâce, car il s'agit d'un abandon symbolique du navire, mais un peu obligée: parmi l'équipage se trouvaient trente-six invités de sept pays sud-américains et d'Afrique du Sud. Or certains de ces pays n'envisageaient pas de laisser plus longtemps leurs ressortissants bloqués dans un port étranger, mais ne voulaient pas se désolidariser de l'Argentine en les rapatriant unilatéralement.

Le 24 octobre, 281 marins ont donc regagné le continent latino-américain par un vol Air France, ne laissant à bord que le personnel indispensable au maintien en état du navire, soit un peu moins de cinquante personnes.

Le temps passant, le port de Tema, l'un des plus actifs de la façade occidentale de l'Afrique, se trouve fort gêné par la présence de ce gros machin, qui complique l'accès au port ainsi que les opérations de chargement et déchargement, occupe de la place à quai et en prime ne paye pas les taxes portuaires. A plusieurs reprises, des bateaux ont dû être déroutés sur la Côte d'Ivoire, faute de pouvoir relâcher à Tema. Or à l'approche de Noël, la fréquentation du port va augmenter. La justice ghanéenne a donc autorisé le 5 novembre le transfert du voilier école dans un port annexe où il ne gênera pas autant, mais l'Argentine s'y oppose, avec l'argument d'un équipage insuffisant pour naviguer sans risque sur ce trois-mâts de vingt-sept voiles. Qu'à cela ne tienne: le Ghana est disposé à prêter généreusement des marins pour aider à la manoeuvre. Pas question, répond l'Argentine, tant que la procédure d'appel déposée auprès du tribunal n'aura pas abouti.

Les autorités portuaires de Tema ont tout de même pris l'initiative de déplacer le bateau - apparemment, mercredi 7 novembre-, après avoir coupé l'eau et l'électricité et amené une grue pour faire monter à bord le personnel nécessaire à la manoeuvre. C'est alors que l'équipage argentin, le capitaine et ses quarante-quatre hommes, sont apparus sur le pont "avec l'armement réglementaire" - ça c'est la version du ministre des Affaires Etrangères argentin - et ont pointé lesdites armes sur les malheureux marins ghanéens qui n'avaient rien demandé.

A la suite de cet épisode, il semble que les Ghanéens se soient dit que si les Argentins tenaient tellement à rester là, après tout, ils ne dérangeaient pas tant que ça, en tout cas moins que la perspective de se faire plomber pour un conflit auquel ils sont totalement étrangers.

Cela n'arrange pas pour autant les affaires de l'Argentine, qui si elle veut récupérer son bateau doit payer à ses créanciers états-uniens, pour le 2 décembre, une dette d'un milliard trois cents millions de dollars, sans compter les frais portuaires.