Espagne: interdire l'avortement pour éviter la discrimination

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Le ministre de la justice, Alberto Ruiz Gallardón, veut revenir sur la loi de 2010 sur l'avortement. De fait, il veut même supprimer une des causes possibles d'avortements depuis 1985: la malformation foetale. Avec un argument progressiste: "ne pas discriminer les handicapés nés et à naître".

Car pour Gallardón un foetus malformé est un handicapé à naître. Qu'il puisse ne pas être viable, et que mener la grossesse à terme puisse être un traumatisme pour la mère, alors là, jamais entendu parler. L'argument précédent - cela fait plusieurs mois que le ministre creuse son sillon - était: il faut protéger toutes ces femmes enceintes de la pression de l'avortement, de ces situations qui violent leur droit à être mères. Donc une femme ça sert à être enceinte et à accoucher, quelles que soient les conditions. On a beaucoup évolué depuis Cromagnon.

Le très droitier quotidien La Razón applaudit évidemment des deux mains à six doigts, en soulignant que plus de 90% des foetus malformés sont avortés depuis 1985. Et le pire, c'est qu'ils vont toujours trouver une mère pour dire que non, avoir un handicapé de naissance c'est le pied (généralement ça va avec "Dieu l'a voulu"), ça apporte énormément, il faut les laisser vivre, et considérer que si elle l'a fait et a trouvé ça génial, tout le monde doit faire pareil.

La Razón n'ira pas chercher, par exemple, une des milliers de femmes qui ne peuvent pas avoir une activité salariée parce qu'elles doivent veiller sur un handicapé, qui auraient pu/ dû bénéficier d'un petit revenu et cotiser à la Sécurité sociale grâce à la Loi sur la Dépendance, que les communautés autonomes du PP se sont bien gardées de mettre en oeuvre, et que le gouvernement national a liquidé en mars. Une mère, ça doit se sa-cri-fier. Et porter à terme un enfant malformé. Et suivre la lente agonie de son enfant non viable.

C'est sûr, l'économie est florissante, l'état-providence progresse chaque jour un peu plus et assure des conditions de vie décentes aux handicapés et à leurs familles, la société espagnole intègre facilement les différences, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes populaires possibles. Sauvons les foetus malformés.

Pendant ce temps-là, Rajoy fait des pieds et des mains pour éviter le sauvetage financier de son pays, qui le mettrait sous tutelle. On comprend pourquoi Gallardón cherche à préserver les foetus avec trop de bras et trop de jambes: qui sait, demain, ils feront peut-être de meilleurs premiers ministres?