Entreprise récupérée: l'hôtel BAUEN fête dix ans d'autogestion

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Suite à la crise économique de 2001-2002 en Argentine, nombre d'entreprises ont été abandonnées par leur propriétaires. Certaines ont été récupérées par les travailleurs. La plus célèbre d'entre elle est l'hôtel Bauen, à Buenos Aires, qui fêtait hier jeudi 21 les dix ans de sa récupération.

Une recherche internet sur l'hôtel Bauen donne l'illusion d'un hôtel comme tous les autres: des avis, des agences de voyage... Et pourtant! Cet hôtel dont le nom officiel est à présent "Coopérative Hôtel Buenos Aires Une Entreprise Nationale" est porté par ses travailleurs qui en ont refusé la fermeture, décidée le 28 décembre 2001, une semaine après la démission du président De La Rúa, en pleine tourmente du corralito - cette limitation des retraits bancaires imposés aux Argentins.

L'hôtel BAUEN en 2005L'hôtel Bauen a été construit en perspective de la coupe mondiale de football accueillie par la dictature argentine en 1978. Splendide hôtel à l'époque, il a été surclassé au cours des années 1990 par les constructions des chaînes hôtelières internationales attirées par la libéralisation de l'économie. En 1997, son propriétaire Marceo Iurkovitch décidait de sa vente à un groupe chilien, lequel n'aurait pas payé plus d'un tiers de la somme convenue. Mais comme Iurkovitch n'a jamais remboursé non plus le prêt exceptionnel de vingt millions de pesos accordés par la junte et versés par le pays...

Fin 2001 donc, le groupe Solari SA annonce la faillite et la fermeture de l'hôtel. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, puisqu'en mars 2003, avec le soutien du Mouvement National des Entreprises Récupérées, une trentaine de travailleurs reprennent la gestion de l'hôtel. Dès que l'activité économique repart, l'ex-propriétaire Iurkovitch réapparaît pour reprendre son bien - une attitude très courante de nombreux patrons qui ont abandonnés leurs ouvriers sans les payer pendant la crise, pour mettre leur capital à l'abri à l'étranger - et engage la bataille judiciaire.

Je vous passe les péripéties et je vous renvoie à Nosotros del BAUEN, un documentaire (et son excellent document d'accompagnement à destination des scolaires).

Pour ce dixième anniversaire, c'est vraiment la fête. Après des années sous l'épée de Damoclès d'un ordre d'expulsion et de restitution du BAUEN à ses propriétaires, la fin de l'année 2012 a apporté un retournement de situation inattendu: l'ordre d'expulsion est suspendu, et une enquête est ouverte sur les prêts qui ont permis la construction de l'hôtel. S'il était confirmé qu'ils n'ont jamais été remboursés, alors l'hôtel appartiendrait de fait à l'Etat qui n'aurait pas besoin de l'exproprier - comme cela a été envisagé en 2012 - pour en accorder la propriété aux travailleurs.

Photo: le BAUEN en avril 2005