En Espagne, les étudiants pris au piège du crédit

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Alors que le chômage touche près de 60% des jeunes Espagnols, nombre d'étudiants ayant sollicité un crédit pour financer leur master sont dans l'incapacité de rembourser selon les conditions - durcies - fixées par le ministère de l'Education. El País a rencontré plusieurs de ces morosos, de "mauvais payeurs", qui voudraient rembourser mais ne peuvent pas le faire.

Créé en 2007, le prêt Rente Université devait aider les jeunes à financer des études de master ou de doctorat. Un prêt de 6.000 euros à taux zéro, plus éventuellement une assignation mensuelle de 800 - pour un total maximum de 22.800 euros - remboursable sur 8 ans, à partir du moment où le jeune toucherait un salaire de 22.000 euros par an (et seulement les années pendant lesquelles il maintiendrait ce niveau de revenus). Si dans les quinze ans suivant la fin de ses études il n'arrivait pas à ce plancher, alors la dette s'éteignait.

Mais ça c'était avant.

Même si la page du ministère n'a pas été mise à jour. Un regrettable oubli.

Car fin décembre 2010, les conditions ont changé: fini le taux zéro, finie l'extinction de la dette si le débiteur ne passe jamais la barre des 22.000 euros de revenu par an, le remboursement commence 2 ans après la fin du master (d'une durée d'un an) et 4 après la fin de la thèse, quel que soit le revenu ou l'absence de revenu de l'heureux ex-étudiant. A condition d'avoir suivi les cours jusqu'au bout et passé les examens; car en cas d'abandon, le délai de remboursement de l'intégralité du prêt est de trente jours.

La durée de remboursement dans les conditions "normales" passe à 4 ans pour un master et à 6 pour une thèse. Le taux d'intérêt est équivalent à celui de l'Euribor: ce même taux (variable) de référence qui sert pour les prêts immobiliers.

En 2010-2011, 2235 étudiants de master et doctorat ont sollicité un prêt étudiant. On ignore encore combien ne sont pas en mesure de le rembourser, mais El País publie les témoignages de huit d'entre eux: sans travail fixe, sans revenu décent, sans possibilité que leur famille les aide à rembourser, ils ont peur d'être fichés comme mauvais payeurs et demandent un moratoire sur le remboursement.

Difficile de croire que le ministère va accéder à leur requête, mais au moins aura-t-il pris les devants pour une chose: cette année, le prêt Renta Universidad n'existe plus. Direction donc les banques privées ou l'abandon des études pour les étudiants - et ils sont nombreux - qui n'ont pu bénéficier de bourses cette année. Trois mille cinq cents étudiants de l'Université Complutense à Madrid n'ont, faute de bourse, pas payé leur inscription universitaire (dont le coût a augmenté de 38% par rapport à l'an dernier, au passage). S'ils ne payent pas avant septembre, les matières étudiées et les crédits obtenus seront nuls et non avenus.