En Espagne, la crise tranche la question des rythmes scolaires

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L'organisation de la journée scolaire fait débat depuis des années: faut-il privilégier des heures réparties sur le matin et l'après-midi, ou faire plus de cours le matin et libérer les enfants pour l'après-midi? La crise économique pousse de plus en plus à l'adoption de cette "journée continue", c'est-à-dire sans pause.

L'affaire est entendue depuis longtemps au collège et au lycée: journée continue, encore appelée intensive. Mais la question est posée aussi pour les plus petits, en maternelle et au primaire: est-il plus approprié de conserver la "journée partagée" (9h30-13h et 15h-16h30) ou de passer à la journée intensive (9h-14h), quand on parle d'enfants de trois à onze ans?

Et cette dernière gagne du terrain: en 2009 47% des centres publics avaient opté pour la journée continue, ils sont cette année 62%, rapporte la Cadena Ser. Les établissements privés sous contrats (colegios concertados) restent en revanche à la journée partagée.

Les arguments sont les mêmes depuis des années: avec la journée partagée, les enfants sont moins efficaces l'après-midi car ils sont fatigués. Même les dernières heures de la matinée sont meilleures que les heures de l'après-midi, donc la journée intensive, c'est mieux. Sans compter qu'un après-midi libre permet davantage d'activités extrascolaires. A condition que les parents puissent les payer, bien sûr

Côté partisans de la journée partagée, on indique que la journée continue oblige les enfants à rester concentrés plus longtemps, en réduisant les pauses, ce qui est mauvais pour les apprentissages et pour la vie sociale, et que le déjeuner est repoussé après 14h (il est question des 3-11 ans, pour mémoire). En outre, si les enfants se lèvent plus tôt, bien souvent ils ne se couchent pas moins tard, et leur nuit de sommeil s'en trouve réduite. Les Espagnols font déjà partie des Européens dont les nuits sont les plus courtes, un déficit de sommeil que ne compense pas la sieste, de moins en moins fréquente, mais ce n'est pas le sujet. (Ca n'en a pas moins plein d'effets passionnants)

Surtout, disent les détracteurs de la journée intensive, cette mesure arrange surtout les professeurs. Voire. Car l'administration y trouve de plus en plus son compte: qui dit journée intensive dit pas de cantine, donc pas de frais de personnel ni d'aides économiques aux familles en difficulté, une occupation globalement moins longue des locaux, donc moins de dépenses de chauffage, par exemple. 

Mais en fin de compte, ce sont les parents qui décident au sein de l'établissement, et à cet échelon on ressent aussi le poids de la crise. Car il y a souvent un parent à la maison désormais, voire les deux, et faire rentrer le petit pour le déjeuner coûte moins cher que le laisser à la cantine. Pour les familles dont les enfants rentraient déjà manger à la maison, c'est un aller-retour quotidien qui est économisé, car l'enfant ne repart pas à l'école. Et tout cela, ça compte.

Ainsi la journée intensive gagne du terrain: toutes les écoles publiques de Castille-La Mancha et de Castille et Léon y sont passées, presque toutes celles des Canaries, d'Extrémadure, de Murcie et d'Andalousie (bon, là, l'argument de la chaleur est recevable; par contre, les cantines devraient subsister, puisqu'il est question d'y donner trois repas par jour aux enfants les plus pauvres) y sont depuis plus longtemps encore. Même la Catalogne envisage cette organisation, mais dans le cadre d'une expérience pilote de trois ans sur quelques établissements. Histoire de comparer l'assimilation des apprentissages avant de prendre une décision.